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Budget 2027 : Lecornu impose de nouvelles économies sur les ministères et demande de « réduire les contributions nationales » à l'Union européenne

Les Échos · 15/09/2026 · ← revue

Par Grégoire Poussielgue, Sébastien Dumoulin, Stéphane Loignon

Un nouveau coup de rabot dans les dépenses de l'Etat. Entré dans la dernière ligne droite, et les derniers arbitrages du budget pour 2027, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, entend faire de nouvelles économies. Selon une lettre envoyée aux membres du gouvernement et à laquelle « Les Echos » ont eu accès, le locataire de Matignon précise que les dépenses de l'Etat, hors défense, « seront strictement au même niveau dans le budget 2027 qu'en 2026 ». Cette décision conduirait à un effort supplémentaire sur les crédits budgétaires des ministères de l'ordre de 1,5 milliard d'euros, selon nos sources.

Courrier à la présidente de la Commission

Le périmètre visé, qui devait initialement voir ces dépenses progresser de 0,4 % entre 2026 et 2027, comprend la dépense de l'Etat hors charge de la dette, surmarche militaire, comptes spéciaux et soutiens à l'Union européenne et aux collectivités locales. Aucune précision n'est pour l'heure apportée sur les missions appelées à renforcer leur effort. « Ces économies complémentaires confirment que c'est bien l'Etat qui s'impose l'exemplarité la plus stricte pour l'évolution de ses dépenses : zéro valeur ! », écrit Sébastien Lecornu dans ce courrier daté du 14 septembre. En parallèle, selon nos informations, Sébastien Lecornu tente également d'obtenir de la Commission européenne une diminution des contributions nationales au budget de l'Union dans le cadre du prochain budget rectificatif européen 2026. Dans un autre courrier consulté par « Les Echos », adressé cette fois à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le Premier ministre « invite la Commission à veiller à ce que les recettes exceptionnelles résultant de l'amende infligée à Google, a fortiori d'autres recettes supplémentaires, se traduisent par une réduction des contributions des Etats membres ».

Amende infligée à Google

Début juillet, la Cour de justice européenne a rejeté le recours du géant américain contre cette amende de 4,1 milliards d'euros (4,6 milliards avec les intérêts). « Cette situation devrait permettre de réduire les contributions nationales des Etats membres, en particulier à un moment où nombre d'entre eux sont confrontés à de fortes contraintes sur leurs finances publiques et à un durcissement des conditions d'emprunt », espère-t-il. « Ainsi, et plus largement, toute recette budgétaire de l'Union supérieure aux prévisions qui pourrait être enregistrée au cours des prochains mois, notamment au titre des droits de douane, de la taxe sur les petits colis et de la suppression de la franchise des droits de douane, devrait également être en principe utilisée pour alléger la charge pesant sur les Etats membres plutôt que pour financer des dépenses supplémentaires », insiste le Premier ministre dans ce courrier. Plusieurs personnalités politiques, au Rassemblement national mais aussi dans l'ancienne majorité, à l'instar de l'ex-ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, ont plaidé récemment pour une baisse de la contribution de la France.

Un message aux Français et aux retraités

Dans la dernière ligne droite pour finaliser le budget, qui doit prochainement être envoyé au Haut Conseil des finances publiques (HCFP), le chef du gouvernement apparaît donc directement à la manoeuvre pour tenter de desserrer l'étau. Le Premier ministre réunira ses ministres ce jeudi à l'occasion d'un séminaire, le deuxième depuis la rentrée, avec au menu un plat unique : le budget. Ce mercredi, il doit rencontrer le président du Sénat, Gérard Larcher, ainsi que les deux présidents des groupes majoritaires : Mathieu Darnaud et Hervé Marseille. Cette rencontre intervient après un échange de lettres acerbe entre Matignon et la chambre haute à propos du budget. Avec cette baisse supplémentaire des dépenses de l'Etat, Sébastien Lecornu entend envoyer plusieurs messages. D'abord aux Français, et aux retraités notamment, pour dire qu'ils ne seront pas les seuls à faire des efforts l'année prochaine et que l'Etat prendra sa part. En fin de semaine dernière, David Amiel, le ministre des Comptes publics, a chiffré à 6 milliards d'euros l'effort qui sera demandé aux retraités. Le gouvernement n'a pas encore tranché sur la façon d'atteindre cet objectif. Ensuite, sur un plan politique, à la droite avant l'examen du budget au Parlement, alors qu'elle ne cesse de demander la baisse des dépenses de l'Etat.

Préserver des marges de manoeuvre

Par ailleurs, il se donne aussi quelques marges de manoeuvre financières supplémentaires dans cette rentrée explosive, marquée par la nouvelle envolée des prix de l'essence qui alimente la grogne des Français. Cet objectif est clairement affiché par Sébastien Lecornu. « L'effort supplémentaire que je vous demande poursuit enfin un objectif politique et démocratique essentiel : préserver des marges de manoeuvre pour le débat parlementaire qui va s'ouvrir », ajoute le Premier ministre dans le courrier envoyé à ses ministres. Le chef du gouvernement a aussi détaillé de nouvelles lignes budgétaires : il propose de consacrer 1,5 milliard d'euros dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et 2,5 milliards pour la protection de l'enfance. Il n'a pas précisé quelle était l'évolution de ces montants par rapport à l'année dernière.

Sébastien Dumoulin, Stéphane Loignon et Grégoire Poussielgue