Présidentielle 2027 : haro sur le pactole des « méga-héritages », les propositions de la gauche

Par Hadrien Valat
Le magot de la « grande transmission » aiguise les appétits des partis de gauche à l'approche de l'élection présidentielle. Des socialistes aux Insoumis en passant par les Ecologistes, tous misent sur cette manne de 9.000 milliards d'euros d'héritage qui doivent être transmis d'ici à 2040 pour financer leurs programmes. Les grandes lignes sont les mêmes : taxer davantage les gros héritages et raboter les niches fiscales qui permettent d'échapper à l'impôt sur les successions, notamment le pacte Dutreil sur les transmissions d'entreprises. Le détail des propositions diffère toutefois sensiblement.
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Un impôt sur les grandes successions
Du côté du Parti socialiste, on propose ainsi la création d'un impôt sur les grandes successions (IGS). Celui-ci reposerait non plus sur les sommes transmises comme aujourd'hui, mais sur l'intégralité des sommes reçues par un héritier au cours de sa vie. Ce patrimoine serait taxé selon un barème plus progressif que l'actuel, avec un abattement unique de 200.000 euros au cours de la vie. Seuls 1 % des Français contribueraient davantage qu'aujourd'hui, selon le PS, qui propose aussi de s'attaquer aux plus-values latentes sur les valeurs mobilières (qui sont aujourd'hui purgées au moment du décès et donc exonérées d'impôt) avec un prélèvement forfaitaire pour les hauts patrimoines. Enfin, le pacte Dutreil serait plafonné à 75 % de la valeur des titres transmis. En tout, les socialistes escomptent un rendement de 400 milliards d'euros d'ici à 2040.
Ponctionner les « méga-héritages »
Engagé dans la primaire socialiste, Raphaël Glucksmann est sur une ligne proche. Il souhaite davantage ponctionner les « méga-héritages », avec une hausse du taux marginal qui passerait de 45 à 50 % sur la tranche supérieure à 2 millions d'euros. « La République, quand elle est cohérente, elle récompense ceux qui se donnent la peine de travailler, de produire, de créer et pas simplement de naître », a martelé l'eurodéputé. Les plus-values latentes et le pacte Dutreil sont également dans son viseur. Grâce à ces trois leviers, Raphaël Glucksmann table sur 15 milliards d'euros de recettes supplémentaires par an. Pour les Ecologistes, la grande transmission doit en priorité financer « la grande transition » vers le remplacement des énergies fossiles. Eux aussi visent « le 1 % qui a hérité des plus grandes fortunes », avec la mise en place d'une contribution de 10 % sur les héritages dépassant 4 millions d'euros et de 10 % supplémentaires sur les héritages au-delà de 13 millions d'euros. Les Verts préconisent également une taxation des plus-values latentes sur les gros héritages. L'abattement du pacte Dutreil serait abaissé à 50 % au-delà de 50 millions d'euros et le dispositif de réduction additionnelle des droits de 50 % en cas de donation avant 70 ans serait supprimé. Comme Place publique, le parti au tournesol pense pouvoir tirer quelque 15 milliards d'euros par an de ces différentes mesures. « C'est vrai que ce n'est pas populaire ni démagogique », admet la députée écolo Eva Sas, mais « c'est une bataille culturelle à mener ».
A partir de 12 millions [d'héritage], nous prendrons tout
Mathilde Panot, cheffe des députés LFI
Chez les Insoumis, on ne compte pas y aller avec le dos de la cuillère. « A partir de 12 millions [d'héritage], nous prendrons tout », a promis Mathilde Panot fin août sur RMC. Une proposition qui pourrait soulever des questions de constitutionnalité. Pour les héritages en dessous de ce seuil, les Insoumis réfléchissent à une « plus grande progressivité dans les tranches d'imposition », indique le président de la commission des Finances de l'Assemblée, Eric Coquerel. Lors des débats budgétaires 2026, le député insoumis Aurélien Le Coq avait proposé en commission de supprimer le pacte Dutreil. Aujourd'hui, l'option privilégiée n'est pas de supprimer le pacte Dutreil tout de go, modère aujourd'hui Eric Coquerel, « mais d'éviter que ça serve à faire de l'optimisation fiscale ».