Logement social : le monde HLM vent debout contre les propositions de Marine Le Pen

Par Elsa Dicharry
A une semaine du Congrès HLM - le grand rendez-vous annuel du secteur programmé cette année du 22 au 24 septembre à Bordeaux - les propositions de Marine Le Pen sur le logement social n'ont pas manqué de faire réagir. La candidate Rassemblement national à l'élection présidentielle a indiqué, dimanche à Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, sa volonté d'abroger la loi SRU. Un texte de 2020 qui impose à un certain nombre de communes de disposer d'un quota de 20 % à 25 % de HLM au sein de leur parc de logements.
« Lubie xénophobe »
Marine Le Pen veut aussi réserver aux Français l'accès aux HLM et aux APL - les aides personnalisées au logement. Une « lubie xénophobe », selon Emmanuelle Cosse, la présidente de l'Union sociale pour l'habitat (USH), qui fédère les organismes HLM. « Marine Le Pen a dit, dimanche, qu'elle allait parler de logement. Elle a en réalité présenté un programme d'extrême droite qui utilise une crise du logement - qui est réelle - afin de désigner des boucs émissaires : les étrangers », a-t-elle regretté ce lundi. Une façon, selon elle, de « passer à côté des besoins réels » du pays sur le logement. Elle souligne au passage que la candidate d'extrême droite ne dit rien de la façon dont pourraient être logées ces personnes défavorisées qui seraient exclues du logement social. « Or, insiste Michel Ménard, président de la Fédération des offices publics pour l'habitat (FOPH), ce sont souvent des travailleurs de première ligne dont nous avons besoin pour faire tourner les maisons de retraite, les restaurants et tout un tas de services ». « Appliquer la préférence nationale ne créera pas un logement de plus et ne résoudra pas la crise du logement », insiste-t-il, évoquant, à propos des propositions de Marine Le Pen, un « musée des horreurs ». En outre, note la présidente de l'USH (qui fut ministre du Logement au sein du gouvernement de Manuel Valls), la présidente du RN occulte bon nombre de sujets, notamment ceux de « la régulation du marché locatif et de l'encadrement des loyers ».
Des attentes dans le cadre du budget
Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés, souligne de son côté les nombreuses incohérences dans le discours de Marine Le Pen : « Elle veut plus de logements moins chers mais propose de supprimer la loi SRU […]. Elle veut plus de logements mais elle veut supprimer l'immigration qui fait pourtant largement tourner le BTP », a-t-il notamment indiqué sur LinkedIn. « Seul élément cohérent in fine : elle est foncièrement raciste et propose donc de supprimer les aides sociales et le logement social aux étrangers », a-t-il ajouté. En attendant l'élection présidentielle au printemps 2027, le monde HLM a déjà en ligne de mire deux rendez-vous politiques importants. Tout d'abord, la discussion du budget de l'Etat pour l'an prochain. L'USH espère une nouvelle baisse de la RLS, la réduction des loyers de solidarité - imposée par le gouvernement aux bailleurs sociaux depuis 2018 afin de compenser la baisse des APL. Cette dernière avait déjà été ramenée de 1,3 milliard à 1,1 milliard en 2025 puis à 900 millions en 2026. Cela a permis, selon Emmanuelle Cosse, de rendre des moyens financiers aux bailleurs sociaux et de relancer la production de HLM, jusque-là en berne. Le projet de loi logement, examiné par le Sénat cet été, devrait par ailleurs arriver devant l'Assemblée nationale en novembre. Ce texte, qui « s'insère dans un calendrier extrêmement contraint », est jugé d'une grande importance par le monde HLM, parce qu'il entérine le lancement d'un troisième programme national de renouvellement urbain en faveur des quartiers défavorisés. « Nul doute que les députés RN voteront [ce projet de loi, NDLR] afin de libérer la construction, simplifier les projets, faire confiance aux maires pour permettre de transformer durablement les territoires », réagit-on dans l'entourage du ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, face à cet intérêt affiché du Rassemblement national pour le logement.