Présidentielle 2027 : Marine Le Pen choisit le logement pour entrer en campagne

Par Anne Feitz
La météo a un peu gâché la photo mais Marine Le Pen a eu son lot de « Marine présidente » pour son rassemblement traditionnel de rentrée, ce dimanche, dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Privée de déambulation annuelle à la braderie de la ville, la candidate du Rassemblement national a néanmoins comme prévu prononcé devant 2.000 personnes (selon l'organisation) son premier discours de campagne, qu'elle a choisi d'axer sur le logement. Alors que la « Renaissance », dont elle a fait un slogan de sa campagne dès le 7 juillet, doit selon elle transformer « notre manière de vivre, d'habiter et de regarder notre pays », la grande favorite du premier tour de la prochaine présidentielle a annoncé vouloir placer le logement « au coeur de son projet présidentiel ». C'est un « sujet essentiel », « au coeur de la vie, de la vie personnelle des Français et de la vie économique du pays », a-t-elle martelé.
Protéger la propriété
Tout en rappelant la « priorité nationale » chère au parti d'extrême droite, Marine Le Pen a annoncé toute une série de mesures concrètes (dont beaucoup étaient déjà connues) visant à relancer la construction, faciliter les locations, ou encore encourager et protéger la propriété. Sans surprise, elle veut ainsi supprimer toutes les normes écologiques contraignantes, comme le zéro artificialisation nette (ZAN), ou les contraintes liées aux diagnostics de performance énergétique (DPE). Elle propose aussi que les terrains appartenant à l'Etat, aux collectivités ou aux grandes entreprises soient mis gratuitement à disposition des constructeurs, à condition que les appartements correspondants portent des loyers modérés. Ou encore de changer les règles comptables pour transformer les bureaux vacants en logements - et taxer ceux qui resteront vacants. Enfin, Marine Le Pen veut « réinventer le logement social », notamment en réservant aux Français l'accès aux HLM et aux APL ou en abrogeant la loi SRU (qui impose aux communes un quota de logements sociaux). Et réaffirmer le « droit à la propriété » en facilitant l'acquisition de logements mais aussi en interdisant les squats « dès son élection » - une des mesures sur lesquelles elle a été le plus applaudie.
Préférence nationale
La candidate, qui n'était pas apparue en public depuis le débat du Medef sur l'économie, fin août, avait souhaité introduire ce dimanche un « nouveau thème » dans le débat public. Histoire de se positionner sur un terrain plus social et se montrer à l'écoute des préoccupations des Français. Avec ces propositions, elle entend montrer que ses décisions, si elle est élue, auront « une conséquence concrète et positive sur la vie des gens » tout en réaffirmant les fondamentaux du RN, de la préférence nationale à la suppression de mesures écologiques qu'elle juge punitives. Mais elle espère aussi tourner la page d'un retour de vacances compliqué, marqué par les polémiques susceptibles d'inquiéter les électeurs plus modérés dont elle aura besoin au second tour. L'attitude de Jordan Bardella, et la place que Marine Le Pen allait lui octroyer, ont aussi été scrutées à la loupe ce dimanche, qui marquait leur première sortie publique commune depuis mi-juillet - alors que plusieurs couacs entre les deux têtes du parti ont alimenté ces derniers jours les doutes sur la solidité de leur tandem. Il n'était pas prévu que celui à qui elle a promis le poste de Premier ministre - et qui fêtait ce dimanche ses 31 ans, prenne la parole à Hénin-Beaumont. Mais il est apparu sur scène à ses côtés, devant la plupart des parlementaires RN réunis en séminaire pour le week-end.
Service minimum
Marine Le Pen, qui avait publié dès dimanche matin un message sur X : « Très joyeux anniversaire Jordan ! » a évoqué l'anniversaire du jeune président du RN dès le début de son discours, ne mentionnant ensuite son nom qu'une seule fois pendant son discours - le service minimum. Vendredi, le jeune président du parti d'extrême droite, qui a lui-même fait sa rentrée politique à la foire agricole de Beaucroissant, en Isère, avait insisté sur l'unité du tandem. Elle est « l'enjeu et le motif par lequel nous allons réussir cette élection », a-t-il déclaré. Il avait lui qualifié le pouvoir d'achat de « grand enjeu de cette campagne présidentielle ». Prochaine étape, le congrès des 24 et 25 octobre, à Orléans, qui devrait voir Jordan Bardella, seul candidat à sa succession à la présidence du parti, être réélu sans problème. « C'est ce congrès qui marquera véritablement le lancement de la campagne », insiste un député. « Marine Le Pen y prévoit un grand discours devant 10.000 personnes : ce sera un événement d'une autre dimension que la rentrée d'Hénin-Beaumont », souffle-t-il.