Revue de presse

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Marine Le Pen entre en campagne : l'art de se construire une maison

Les Échos · 13/09/2026 · ← revue

Par Cécile Cornudet

Quand on vous guette sur un point, surprenez en apparaissant ailleurs. Ce dimanche d'entrée en campagne présidentielle, Marine Le Pen fait sienne cette vieille règle politique. On cherche à savoir où elle habite : du côté populiste pour conforter sa base, ou du côté de la liberté d'entreprendre pour s'élargir à la mode Bardella ? Ni l'un ni l'autre, elle ne parle que logement. L'important d'abord est le contraste. Emmanuel Macron a délaissé le sujet - « il a favorisé une société de locataires en dévalorisant les propriétaires », dit-elle. La candidate du RN retient qu'il pèse 30 % dans le budget des ménages et contribue à tourmenter leurs nuits. Là sera donc sa maison de campagne, dans la vraie vie des gens. Edouard Philippe et Gabriel Attal écument les foires pour se montrer proches d'eux, elle promet de régler leurs problèmes. Elle y va à la hache, libération du foncier, taux zéro, constructions de neuf, fin des ZAN et DPE, fin aussi de la loi SRU, transformation des bureaux vacants en logements, locataires incités à acheter leur HLM, etc. Sur le papier, le sujet a toutes les vertus. Il lui permet de marier liberté économique (fin des normes) et liberté territoriale (les maires bâtisseurs), « aspiration populaire » (à la propriété), et justice sociale façon RN, c'est-à-dire « préférence nationale ».

Le retour du beau

Dans son discours façon table rase, deux phrases comme toujours au RN enthousiasment la salle : « les APL seront réservées aux Français » et « nous organiserons l'expulsion des familles de délinquants dans les HLM ». Marine Le Pen revient à ses fondamentaux, tout en s'autorisant une ode à la propriété et aux baisses de taxes. L'entrée par le logement est une vraie habileté. Elle porte son lot de difficultés et de pensée magique bien sûr. Comment assurer la rotation promise dans les HLM, par exemple ? Elle porte aussi une vision du pays tournant le dos aux avancées écologiques des dernières années. Les maisons individuelles et immeubles miteraient le territoire, la politique d'isolation est moquée, malgré l'été canicule. MaPrimeRénov' est remplacée par un prêt à taux zéro sur tous les travaux, y compris l'installation de clim. Mais sur ce sujet, comme sur l'immigration, elle joue sur du velours électoral, et fait le pont entre son électorat traditionnel et celui de conquête, en particulier les retraités. L'écologie est pour les bobos. Il est rare de trouver des sujets de rupture que l'on peut emballer de douceur. Marine Le Pen le tente : les Français paieront moins pour leur logement, seront rassurés sur l'avenir, protégeront « leur intimité », dit-elle. Le beau, comme à la Renaissance, sera réhabilité. Cela reste à démontrer bien sûr, mais l'habileté est grande, là encore, pour qui veut conjurer la peur de tensions voire de guerre civile que créerait son élection. Le RN a raté sa précampagne, en affichant ses divisions et ses hésitations programmatiques, il réussit son entrée en mêlée. Il est grand temps, pour les autres, de sortir de leur coquille.

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Cécile Cornudet