« Dans cette campagne présidentielle, posons la question : que se passerait-il si le vote était pondéré en fonction de l’âge ? »

Il faut se rendre à l’évidence : les rapports de force économiques et politiques favorisent nos concitoyens les plus âgés. Ils bénéficient, en particulier, de nombreux flux redistributifs de notre modèle social. Le financement des retraites, des politiques de santé et de dépendance repose notamment sur les contributions des actifs, de moins en moins nombreux, et à qui on demande en proportion des efforts plus importants que leurs aînés il y a cinquante ans. Ces derniers disposent également, en moyenne, d’un patrimoine et d’un revenu supérieurs à ceux des plus jeunes. Ainsi, le vieillissement démographique et la réduction prévisionnelle de la population active fragilisent l’équilibre de ces systèmes redistributifs, suscitant un sentiment d’injustice grandissant. A ce jour, toutefois, un consensus existe pour leur maintien, sous réserve de quelques aménagements. Mais qu’en sera-t-il demain ? Nos enfants et nos petits-enfants, dont les conditions de vie seront rendues plus difficiles par le réchauffement climatique, les catastrophes associées, les tensions accrues sur les ressources, et la pollution, accepteront-ils de continuer à payer pour financer notre dépendance future ? Et ce d’autant plus que nous sommes responsables des maux qui les accableront, ne serait-ce que par notre passivité et notre tolérance à l’égard d’un système économique qui détruit le climat et le vivant. Notre fonctionnement démocratique empêche que soient posées ces questions disruptives, pourtant fondamentales pour notre avenir. Premièrement, parce que les moins de 18 ans n’ont pas le droit de vote. Deuxièmement, parce que les retraités représentent entre 35 % et 40 % des votants, constituant un électorat plus âgé que la population réelle. Et troisièmement, parce que l’abstention est plus forte chez les plus jeunes. Moins nombreux, moins mobilisés, ceux-ci ne sont pas en position de défendre leurs intérêts.
Justice intergénérationnelle
Cet état de fait pourrait même alimenter un ressentiment chez les plus jeunes, avec des conséquences potentiellement dramatiques. Acculés, demain, par des conditions de vie extrêmes, avec des températures qui dépasseront 50 °C plusieurs dizaines de jours par an, les enfants d’aujourd’hui, qui seront au pouvoir demain, pourraient être tentés par des solutions radicales. Au regard des pénuries qui s’annoncent, les jeunes toléreront-ils que des personnes inactives continuent à émettre du CO2 et à consommer eau et aliments ? Ce sont ces réalités que le tabou actuel sur l’équité et la justice intergénérationnelle nous empêche de penser. Pour éviter le pire, et surtout pour les nouvelles et futures générations, il est urgent de réinscrire ces questions au sein des débats de la présidentielle. Face à une année caniculaire qui a confirmé que nos étés ne seraient plus jamais ceux que l’on a connus, nos élus préfèrent poursuivre la destruction des sols et de notre biodiversité en réintroduisant des pesticides. La rentrée étudiante s’annonce également plus précaire que jamais, avec un gouvernement qui prévoit de raboter leurs aides au logement et non de faire contribuer les plus riches. Un pays qui ne priorise pas sa jeunesse est un pays sans avenir. Un pays qui choisit le recul environnemental face à l’urgence écologique est un pays qui condamne ses habitants. Dans cette campagne présidentielle qui s’annonce une fois de plus une course à l’échalote à celle ou celui qui contentera le mieux les retraités, on est en droit de se poser une question provocatrice, mais nécessaire à la conception et à l’évaluation de nos politiques publiques : que se passerait-il si le vote de nos concitoyens était pondéré par leur âge ? Autrement dit, si nous prenions vraiment en compte le fait que les temps difficiles qui s’annoncent seront essentiellement vécus par les plus jeunes ? La France et le monde de demain sont ceux de nos enfants et de nos petits-enfants : et si on arrêtait de sacrifier les nouvelles générations pour satisfaire les plus anciennes, en les faisant peser davantage dans les décisions qui les concernent au premier chef ? Candice le Tourneur est conseillère municipale (Printemps marseillais) à Marseille, déléguée à l’enseignement supérieur, la recherche et la vie étudiante.