Revue de presse

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« J’ai dû médicaliser ses besoins » : une mère se bat pour que sa fille puisse faire la sieste dans cette école normande

Ouest-France · 12/09/2026 · ← revue

J’ai l’impression de passer pour une folle . Installée sur la terrasse de sa maison, un baby phone à portée de main pour garder un œil sur sa fille endormie, Jessica L. expire nerveusement. Depuis quelques mois, cette mère de deux enfants a entamé un bras de fer avec l’école maternelle Le Petit Prince, à Saint-Martin-des-Besaces (commune déléguée de Souleuvre-en-Bocage, dans le Calvados) pour adapter le temps de présence à l’école de sa fille Lilas*, 3 ans, afin que cette dernière puisse faire la sieste.

Des crises de fatigue

Lilas est entrée en petite section en septembre 2025, à 2 ans et huit mois. Si, selon sa mère, elle fonctionne très bien en classe , l’enfant qui fait des siestes de deux à trois heures par jour, ne parvient pas à dormir correctement à l’école. Quand elle rentrait à la maison le soir, elle faisait des crises parce qu’elle était fatiguée , assure Jessica L. Cette dernière demande donc des aménagements afin de récupérer sa fille les après-midi.

L’obligation d’assiduité dès la maternelle

Depuis 2019 et la loi Blanquer pour une école de la confiance, l’âge de l’instruction obligatoire a été abaissé de six à trois ans, ce qui instaure une obligation d’assiduité pour les enfants dès l’entrée en maternelle. Contacté, le Rectorat de l’Académie de Normandie souligne que l’obligation d’assiduité a pour seul objectif de garantir le droit à l’éducation de l’enfant, tout en prenant en compte ses besoins physiologiques. Mais, un décret prévoit la possibilité d’aménager le temps de présence des enfants l’après-midi en petite section. Jessica L. a donc fait plusieurs demandes pour Lilas. Elles lui ont été accordées, mais non sans difficulté selon elle. On m’a accordé les aménagements à condition de maintenir quelques journées entières à l’école, souligne Jessica L. Sauf que quand [Lilas] rentrait des journées complètes, c’était l’enfer. Véronique Bérard, l’inspectrice de l’Éducation Nationale en charge du dossier de la fillette, explique que cette mesure adaptée fait partie de la procédure pour ramener les enfants vers l’école .

Un sommeil médicalisé

Pour appuyer ses demandes, Jessica L. envoie à l’Inspection académique un certificat médical, daté du 31 octobre 2025. Sur ce dernier, que Ouest-France a pu consulter, le médecin constate que l’enfant présente une asthénie diurne [fatigue persistante, N.D.L.R.] probablement en lien avec une modification du rythme de la sieste depuis la rentrée scolaire . Ce certificat médical conduit l’Éducation Nationale à solliciter un médecin scolaire qui met en place un projet d’accueil individualisé (PAI), qui précise les adaptations à apporter à la vie en collectivité d’un enfant ou d’un adolescent atteint d’un trouble de la santé ou d’une maladie chronique , selon la définition disponible sur le site Service Public. J’ai dû médicaliser les besoins de ma fille, qui sont en fait des besoins physiologiques de tout petits , déplore Jessica L.

« J’avais l’impression de faire quelque chose de mal »

Au cours de cette première année scolaire, Jessica L. vit mal les échanges avec l’institution. J’avais l’impression de faire quelque chose de mal », explique la jeune mère. De leur côté, le rectorat et l’inspectrice d’Éducation nationale déplorent des problèmes de communication avec la famille, qui refuse les rendez-vous physiques au profit d’échanges écrits. Cette année, Lilas est entrée en moyenne section, et sa mère a de nouveau envoyé une demande d’aménagements. Mais ce ne sera plus possible, comme l’explique le rectorat dans un courriel : L’obligation d’assiduité peut être aménagée sur les heures de l’après-midi, mais uniquement pour les enfants scolarisés en petite section d’école maternelle. La jeune [Lilas] entrant en moyenne section, elle ne rentre plus dans le cadre réglementaire permettant cet aménagement spécifique à domicile. L’école est obligatoire, mais il y a des souplesses , rétorque Jessica L, qui a sollicité la Défenseure des droits pour trouver une solution. Cette dernière, Marie-Odile Colin, propose ainsi une inclusion progressive de la sieste , avec, dans un premier temps, une sieste de Lilas avec les élèves de petite section jusqu’à la Toussaint, puis une journée sur deux , afin de lui permettre de retrouver progressivement un temps de repos adapté en moyenne section. Reste à voir si la proposition sera retenue.

*Le prénom a été modifié