Racket, violences… « Le Chinois », caïd lorientais de la drogue, suspecté de continuer son trafic dans la prison de Rennes
INFO LE TÉLÉGRAMME. À la prison de Rennes-Vezin, un caïd du trafic de drogue lorientais, surnommé « Le Chinois », est soupçonné d’avoir orchestré des violences et un racket contre un autre détenu. Une enquête est en cours. Il a troqué les grosses cylindrées pour les chariots de la cantine pénitentiaire. Fini les liasses de billets exhibées sur les réseaux sociaux, il préfère désormais les recharges PCS, ces coupons prépayés devenus la monnaie d’échange du marché noir carcéral. Son profil détonne. « Très intelligent », « souriant », « affable », il a décroché un CAP vente derrière les barreaux. Si l‘administration loue un comportement toujours « irréprochable », la réalité est plus glaçante. « Le Chinois » occupe un poste stratégique d’auxiliaire aux cuisines, lui permettant de rayonner sur toute la détention. Cet été, le vernis a craqué. Dans son viseur : un détenu de 35 ans, incarcéré pour escroquerie, qui aurait refusé de devenir la petite main du réseau. « Le Chinois lui a proposé 200 euros par mois, témoigne une source proche du dossier. Face à son refus, il a été harcelé et racketté par les sbires du caïd. Ils voulaient le pousser à changer de cellule pour faire place nette à leur étage. »
« Un contrat sur sa tête »
Le 7 juillet, les menaces virent au bain de sang. « Quand mes collègues sont arrivés, ils ont trouvé la victime dans un sale état. Le visage extrêmement tuméfié, du sang partout », souffle un surveillant. L’entourage de la victime évoque l’utilisation d’un couteau en céramique. La direction de l’administration pénitentiaire réagit en plaçant les agresseurs présumés en régime « porte fermée », mais l’accalmie est brève. Le 27 août, le trentenaire est de nouveau frappé par un autre membre de l’équipe. De nouveau, la direction de l’établissement sanctionne l‘auteur et, cette fois, déplace la victime à un autre étage. Une mesure de protection jugée dérisoire par ses proches. « Même sa compagne a été menacée par téléphone si elle parlait », explique une avocate qui a défendu la victime. « Il a un contrat sur sa tête », s’alarme un proche. En interne, cependant, les agents « relativisent ce contrat. Il faut voir ce qu’il ressort de l’enquête. »
« Ici, tout le monde sait »
Dans les coursives, l’impunité du caïd exaspère. « Ici, tout le monde sait qu’il gère le trafic de stupéfiants. Pourquoi la direction le maintient à son poste en cuisine ? Ça lui permet d’être en lien non seulement avec les détenus du centre de détention mais aussi avec ceux des deux maisons d’arrêt. Il a également déjà tenté de corrompre des collègues, heureusement l’info est remontée. Un rapport a été fait. Mais rien ne bouge », s’étrangle un gardien. Pour beaucoup, ce « gros profil » n’a plus rien à faire à Vezin et relève d’une prison ultra-sécurisée comme Condé-sur-Sarthe (Orne). Sollicitée, la direction botte en touche sur la question d’un transfert et rappelle que les incarcérations à Vezin sont soumises à des conditions strictes.
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L’affaire se jouera désormais sur le terrain judiciaire. Suite à ces violences, au moins deux plaintes ont été déposées dont une nominativement contre « Le Chinois ». Le parquet de Rennes, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, est saisi de l’affaire. Le procureur de la République a confié l’enquête à la brigade de gendarmerie de Pacé (35). Les gendarmes ont commencé à entendre les témoins, ils devront faire la lumière sur ces agressions et le système mafieux qui les sous-tend.