« Au bout d’un moment, ça va coincer » : jusqu’à 2,85 € le litre de gazole Premium dans cette station près de Rennes
En bordure de la voie express, le parking de la station commence à se remplir à la mi-journée. C’est le moment de faire une halte pour certains autour d’un petit café. Pour d’autres, l’addition promet d’être largement plus salée quand il faut passer à la pompe pour prendre de l’essence. Si, comme partout, l’envolée des prix se fait sentir, les prix au litre qui s’affichent ici donnent le tournis : gazole : 2,71 €, Premium : 2,85 €, SP 95 : 2,51 € et SP 98 2,66 €. Autant dire que pour les automobilistes qui ont les yeux rivés sur le compteur, les chiffres du prix défilent bien plus vite que ceux des litres.
« On se serre la ceinture »
À la station Shell sur la RN 12 sur l’aire de repos d’Armor et d’Argoat, près de Saint-Gilles, les clients sont peu nombreux à s’arrêter aux pompes. Ce samedi, c’est la machine à café qui fait le plus recette. Philippe vient du Maine-et-Loire et se rend en famille à Saint-Brieuc. « Vu les prix, on s’arrête uniquement pour faire une pause. Le coût de l’essence est devenu exorbitant en France. Il y a d’autres pays où c’est moins cher. Au bout d’un moment, ça va coincer. Moi, je n’ai pas trop à me plaindre, je suis à 15 minutes de mon travail, ma compagne elle doit faire une demi-heure de route. On essaie de faire moins de déplacements. On restreint aussi les loisirs comme les sorties ou les achats de livres. On se serre la ceinture. Espérons que ça baisse, car là, je ne sais pas où on va, mais on y va ». Même constat pour Alexandre et Julia qui viennent du Mans : « On ne s’arrête pas dans ces stations pour faire de l’essence. On s’arrête juste pour souffler un peu avant de repartir. C’est trop cher. Chez nous, les prix montent alors que dans certains autres pays, ils baissent. On se fait plumer. Il faudrait baisser les taxes sur l’essence, ça aiderait les gens. On subit une guerre qui n’est pas la nôtre. J’ai la chance d’avoir un véhicule d’entreprise pour le travail. Mais autrement, c’est comme tout le monde ça coûte trop cher. Alors on restreint les sorties en voiture. Avant, on bougeait tous les week-ends, maintenant on bouge beaucoup moins, ou on reste près de chez nous ».
« Pour les petits budgets, c’est énorme »
Pour d’autres, le passage à la pompe s’impose. Pas le choix pour poursuivre son voyage. C’est le cas de Jean-Marie avec sa femme qui vienne du Pas-de-Calais en camping-car. Le plein de gasoil, à 2, 71 € le litre, terminé, il examine son ticket : « J’ai mis 55 litres pour 150 €. Les prix n’arrêtent pas d’augmenter. Ça commence à devenir très cher et on se demande quand ça va s’arrêter. Bon, il n’y a pas de péage en Bretagne ça compense un peu » explique-t-il en souriant. Frédéric de Plénée-Jugon, travaille dans le débarras de maison avec son fourgon : « J’ai juste mis 15 € pour pouvoir aller un peu plus loin dans une autre station moins cher. Là, j’ai vu le prix de 2,71 € le litre. C’est énorme. Mais on n’a pas le choix. J’essaie de ne pas y penser. C’est démoralisant. Quand j’ai commencé à conduire le litre était à moins d’un euro. Je ne crois pas que ça rebaisse bientôt. Au contraire moi, je m’attends à ce qu’on atteigne les 3 €. Je fais plus de 1 500 km par semaine. Alors le prix de mes devis augmente avec le prix de l’essence. Ça a une répercussion directe sur mon chiffre d’affaires. On évite de se déplacer pour rien, alors on travaille plus par photos pour estimer les chantiers et faire des devis ». À une autre pompe, en route vers le Finistère, Hélène infirmière à Rennes fait aussi le plein de SP 95 à 2,51 le litre : « Je n’avais pas anticipé alors je fais le plein ici. C’est cher. Généralement, pour le travail et dans mon quotidien, je fais peu de kilomètres et j’essaie de me déplacer à vélo donc ça va encore ». Yannick qui l’accompagne roule, lui, autrement avec un véhicule électrique : « L’aller et retour dans le Finistère va nous coûter 70 € de carburant. En électrique chargé avant le départ, ça coûterait environ moins de 10 €. Au vu des prix de l’essence qui grimpent, pour les petits budgets, c’est énorme. Prendre sa voiture ça devient un luxe.
Covoiturage
Jean, enseignant à Morlaix, vient de faire lui aussi son plein. Comme tous, il ne peut que constater les prix qui atteignent des sommets : « Quand on voit les prix, je me dis surtout qu’il serait temps de passer à des solutions plus écologiques et d’être moins dépendants du pétrole. Je ne suis pas fier de rouler avec une voiture diesel. Mais je ne suis pas un grand rouleur. Quand je travaillais sur un seul établissement scolaire, je me déplaçais à vélo ou à pied. Maintenant, je suis sur deux établissements et je suis obligé de prendre ma voiture. C’est un budget qui augmente. Ça fait mal au porte-monnaie ». En provenance de Nantes Pierre et Ysaline, eux, gardent le sourire quand ils font le plein : « On roule au GPL. Ici, il est à 1,10 €. C’est un peu plus cher, mais ça va. En plus, on prend l’habitude du covoiturage. On est un peu forcé par les événements, mais ça permet de faire des économies ».