Bercy-Charenton : le projet parisien à l'arrêt, les élus franciliens demandent « des discussions rapides »

Par Audrey Guettier
Est-ce la fin d'un projet engagé depuis plus de quinze ans au sud-est de la capitale ? La Ville de Paris a annoncé hier son retrait du projet « Bercy-Charenton », cette immense opération d'aménagement -80 hectares - censée faire pousser, sur des friches ferroviaires, un quartier de 3.500 habitants et 3.900 emplois. En cause, selon le journal « Le Parisien », la facture salée de 500 millions d'euros, exigée par la SNCF propriétaire du terrain - pour aménager le site et reconstituer les ouvrages. « Un demi-milliard d'euros à faire porter par l'opération d'aménagement : c'est hors de proportion avec tout équilibre financier possible, confirme aux « Echos », Lamia El Aaraje, première adjointe socialiste à la Ville de Paris en charge des grands projets de mandat. « Le projet de Bercy-Charenton ne peut pas se poursuivre en l'état, ajoute-t-elle. Ce n'est pas un renoncement, c'est un changement de méthode ». Exit l'opération d'ampleur, la municipalité envisage pour l'instant une première opération résidentielle de plus petite taille dans le quartier de Bercy et un grand parc. « La Ville et SNCF doivent trouver ensemble la manière d'amorcer la mue de ce quartier tout en préservant les intérêts ferroviaires » insiste-t-elle. De l'autre côté du périphérique, à Charenton-le-Pont, la décision parisienne est lourde de retentissements. La petite commune du Val-de-Marne porte en effet, elle aussi une opération d'aménagement « jumelle » « Charenton-Bercy » colossale à son échelle : 1,5 milliard d'euros de budget estimé, 1.500 logements et 24 hectares, soit 10 % de la surface de la commune. Sera-t-elle compromise ?
Des discussions avec l'Etat
« Paris pourrait reculer devant le poids des coûts ferroviaires, ce qui peut s'entendre. Mais à Charenton, nous continuons d'avancer », assure Hervé Gicquel, maire (LR) de Charenton-le-Pont. L'édile se laisse « jusqu'à la fin de l'année 2026 » pour avancer et connaître les impacts sur son propre projet. Il demande « à toutes les parties que des discussions rapides soient entamées sous l'égide de l'Etat » pour débloquer la situation avec la SNCF. La préfecture du Val-de-Marne y a répondu favorablement et promet la tenue de discussions dans les prochaines semaines « pour tenter de résoudre cette équation financière et relancer la dynamique de coopération engagée à l'échelle métropolitaine ». Si chacun joue sa partition, de part et d'autre du périphérique, les élus assurent travailler main dans la main. « Nous ne sommes pas deux villes qui s'arrêtent au périphérique, nous sommes un même territoire coupé en deux par des emprises ferroviaires », indique Lamia El Aaraje. Preuve de sa bonne volonté, Paris dit vouloir tout faire pour pousser malgré tout l'ouverture de la très stratégique rue Baron-Le-Roy, prévue dans le projet initial, qui désenclavera Charenton en la reliant directement à la capitale. Néanmoins, la municipalité de Charenton rappelle que « la réalisation d'un aménagement structurant et pérenne de la rue Baron-Le-Roy reste conditionnée à la capacité de la SNCF à revoir ses prétentions financières concernant ce foncier ».