David Lisnard, candidat à la présidentielle de 2027, veut rester président de l’Association des maires de France

Pour David Lisnard, ce sera la troisième campagne de l’année. Après les municipales des 15 et 22 mars, lors desquelles il a été réélu maire de Cannes (Alpes-Maritimes) avec 81,1 % des voix dès le premier tour, le président de Nouvelle Energie (mouvement qui revendique 15 000 membres) s’est lancé dans la présidentielle le 31 mars. Et il est donc, depuis le 10 septembre, également candidat au renouvellement de son mandat de président de l’Association des maires de France (AMF). L’élection aura lieu au moment du congrès de l’AMF, à Paris, du 24 au 26 novembre. Cela voudrait-il dire qu’il a déjà fait le deuil d’une victoire à la présidentielle ? « Pas du tout ! », rétorque le candidat. Le maire de Cannes, qui souffre encore d’un déficit de notoriété nationale, est très peu « testé » par les sondeurs. M. Lisnard argue, lui, que les deux candidatures sont complémentaires. L’AMF, rappelle-t-il, n’est « ni un exécutif ni un parlement ». « C’est une association et je ne suis pas le patron des maires, explique-t-il. C’est un exercice différent d’une démarche nationale, tout en étant cohérente avec celle-ci. Etre maire est un engagement local et il ne faut pas y renoncer. » « Devrais-je également démissionner de mon mandat à Cannes ? », poursuit-il, rappelant l’engagement local et national de son prédécesseur à l’AMF, François Baroin. Jacques Chirac, président de la République de 1995 à 2007, avait, lui, abandonné la Mairie de Paris seulement après son élection. En outre, ajoute-t-il, Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR), est candidat à la présidentielle tout en briguant le renouvellement de son mandat de sénateur de Vendée, aux sénatoriales du 27 septembre. Après avoir quitté Les Républicains (LR) en mars, David Lisnard espère rattraper lors de la campagne présidentielle celui dont il était alors vice-président, Bruno Retailleau. Cet affrontement se déroule dans un esprit de compétition sans malentendu, assurent les deux camps. D’ailleurs, Bruno Retailleau soutient la candidature de David Lisnard à l’AMF. Avec l’espoir que le second se rallie au premier dans la course à l’Elysée ? « Les deux sujets ne sont pas liés », assure-t-on dans l’entourage du président de LR. « Après, évidemment, poursuit le même interlocuteur, on est persuadé que, à un moment dans la campagne, avec une Marine Le Pen aussi haut, il n’y aura pas de place pour cinquante candidats. Or, Bruno Retailleau et David Lisnard ont des visions très proches. »
« Résistance au centralisme »
Pas de marchandage, proteste de son côté David Lisnard. « La dernière fois qu’on s’est vus [avec Bruno Retailleau], on en a parlé à peine trente secondes », affirme-t-il. « Ça a toujours été acté », confirme un proche du président de LR, assurant que ce qui compte dans l’élection du président de l’AMF, c’est de « trouver la meilleure personne pour faire l’amalgame » entre des maires de différentes tendances politiques. De fait, David Lisnard s’est arrangé avec la gauche pour constituer les listes qui seront soumises aux maires de l’AMF, en novembre. Il y a en réalité trois élections. La première portera sur le comité directeur de l’association, qui compte cent membres ; la deuxième sur le bureau, qui en rassemble trente-six. Dans les deux cas, droite et gauche se sont entendues pour partager les sièges à égalité. Le fonctionnement de la puissante organisation, qui réunit les maires du pays depuis 1907, est en effet fondé sur le consensus et l’équilibre des forces politiques. Le troisième scrutin concerne la présidence de l’association. Là, pas de consensus. David Lisnard est candidat pour « continuer le travail colossal qui a été accompli », rappelant que l’AMF « est au cœur de tous les enjeux de notre pays » : défi écologique, démographique, industriel, sécuritaire… L’association, qui reproche à Emmanuel Macron de n’avoir cessé d’entraver les collectivités en rognant leur pouvoir fiscal, en limitant leurs libertés tout en leur imposant toujours davantage de charges, a « une capacité de résistance au centralisme », défend M. Lisnard. Face à lui, le maire (Union des démocrates et indépendants) de Sceaux (Hauts-de-Seine), Philippe Laurent. Déjà candidat en 2021 face à David Lisnard, il portait alors les couleurs des macronistes. S’il se lance de nouveau, c’est qu’il considère que, « si le travail à l’AMF est fait sur le plan technique, l’association n’a pas obtenu de résultats tangibles ces dernières années ». Pourquoi ? « On ne peut pas tout faire, lâche celui qui est également président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. David Lisnard s’est occupé de sa propre promotion, mais pas assez de celle de l’AMF. » Et « ses prises de position politiques peuvent mettre en difficulté l’AMF », ajoute Philippe Laurent, en déplorant « un mélange des genres ». Philippe Laurent a obtenu 13 parrainages, contre 106 pour David Lisnard. La gauche, elle, ne présente pas de candidat à la présidence et considère qu’elle n’a pas vocation à arbitrer le match entre David Lisnard et Philippe Laurent. Après avoir constitué les listes du comité directeur et du bureau avec David Lisnard, certains y voient la conséquence logique du compromis politique qui prévaut traditionnellement à l’AMF. « Cela peut être aussi une manière de me soutenir », veut croire Philippe Laurent.