David Lisnard au Figaro : « Je veux poursuivre notre action à la tête des maires de France »

David Lisnard au Figaro : « Je veux poursuivre notre action à la tête des maires de France » ENTRETIEN EXCLUSIF - Le maire de Cannes dévoile les raisons pour lesquelles il sollicite un nouveau mandat à la tête de l’AMF et comment il compte concilier cette mission avec sa candidature à la présidentielle.
LE FIGARO. - Souhaitez-vous briguer un nouveau mandat à la présidence de l’Association des maires de France ? David LISNARD. - Je veux poursuivre notre action à la tête de l’Association des maires de France pour que la voix des maires ne s’éteigne pas. Je me bats pour cela depuis 2021. La question est simple : soit on fait de l’AMF un club de notables animé par des personnages de la IVe République se distribuant des fonctions et des médailles, soit on fait de cette institution majeure un outil efficace au service des libertés locales. Ce sont deux visions radicalement différentes. Et en ce qui me concerne, avec l’équipe qui m’entoure, j’ai le sentiment d’avoir engagé des évolutions importantes, toujours dans la concertation et au service d’une structure qui ne doit pas fonctionner autrement que de façon transparente et transpartisane. Je vais partout depuis cinq ans et me bats pour la ruralité, nous sommes en train de lancer une intelligence artificielle au service de toutes les communes et collectivités adhérentes, les outre-mer sont de plus en plus entendus… Je suis fier du travail réalisé. Nous devons développer ces travaux engagés pour installer les communes au cœur du XXIe siècle et leur permettre de peser dans le débat national. À l’AMF, chacun a ses convictions. Mais dans l’esprit de ce que doit être une telle association, nous agissons de concert au service des adhérents et des libertés locales. Sous ma présidence, toutes les positions ont été prises à l’unanimité. Je veux être le garant d’une association d’élus protégée de toute confiscation par un camp politique. Que répondez-vous à ceux qui réclament votre retrait au motif qu’il existerait un « conflit d’intérêts » entre cette présidence et votre candidature à la présidentielle ? C’est absurde et malveillant. Cette notion de conflit d’intérêts répond à une réalité juridique très précise qui ne peut pas s’appliquer ici. Cela n’a donc aucun sens et le simple fait de poser la question me semble inconvenant. Quel conflit d’intérêts peut-il y avoir entre une présidence de l’AMF et une activité dans un débat politique national ? Mes prédécesseurs ont tous été, parfois en même temps, ministres ou parlementaires, ont mené des campagnes nationales. La présidence de l’AMF est celle d’un élu mandaté par les membres d’une association, ce n’est ni un exécutif, ni une assemblée délibérante. » LIRE AUSSI - « Il faut être solide sur ses bases » : les candidats à la présidentielle face au défi de l’endurance physique et mentale Cette attaque stupide est sans doute avancée dans le but de m’affaiblir. Elle révèle aussi les intentions de quelques-uns qui rêvent de faire de l’AMF un instrument au service d’un clan ou de partis politiques. Chacun connaît mes combats pour les libertés locales et le travail réalisé bénévolement depuis cinq ans au nom des intérêts des maires de France, en dépassant les clivages. Dans ce cadre, je travaille régulièrement avec toutes les forces politiques représentées au sein de l’AMF, de la gauche à la droite en passant par le centre. Surtout, il faut rappeler que des milliers de maires ne sont pas encartés et que j’entretiens aussi des relations de confiance avec eux. Si je suis réélu président de l’AMF fin novembre et que ma candidature à la présidentielle s’affermit, je me mettrai naturellement en retrait de l’association durant la campagne officielle
David Lisnard
Sentez-vous une pression de certains partis qui serait liée à la prochaine échéance présidentielle ? Je n’ai jamais reçu la moindre observation en ce sens. À l’approche des élections sénatoriales, j’observe que personne ne reproche aux autres élus de faire de la politique. Seuls les maires et le président de l’AMF seraient donc concernés par ce curieux reproche ? N’importe quel élu, parlementaire ou ministre en fonction pourrait ainsi s’inscrire dans un débat national à l’exception des maires de France ? Cette attaque est sans doute animée par certains réseaux et quelques élus parmi les plus politisés, liés à des écuries, mais tout cela n’a aucun fondement sérieux. Et c’est bien loin du quotidien des maires. » LIRE AUSSI - Horizons, LR, RN, LFI... Les sénatoriales, dernier test électoral avant 2027 Comment comprenez-vous la candidature annoncée de Philippe Laurent ? Il a déjà été candidat dans le passé, soutenu par le pouvoir macroniste. Depuis, il a voté toutes les positions, résolutions et actions de l’AMF. Chacun est libre de se présenter dans le respect des statuts. Je m’inscris, pour ma part, dans une démarche collective et représentative des maires de France. Je ne propose pas une candidature seule, mais des listes d’élus pour le bureau et le comité directeur, représentatives de la diversité des maires et des communes de France. Je me présente avec un accord de gouvernance, en lien notamment avec le maire socialiste de Bourg-en-Bresse, Jean-François Debat. Comment pourriez-vous concilier vos deux activités, de président de l’AMF et de candidat à la présidentielle ? Comme les ministres et les parlementaires qui ont l’intention de participer à cette élection. Mon prédécesseur, François Baroin, menait des combats nationaux tout en respectant l’indépendance de l’AMF. Je ferai comme lui, en veillant à bien cloisonner les choses. Si je suis réélu président de l’AMF fin novembre et que ma candidature à la présidentielle s’affermit, je me mettrai naturellement en retrait de l’association durant la campagne officielle, et une direction collégiale assurera la présidence. Sur le fond, pas de problème non plus : je me suis toujours battu contre le centralisme et pour faire respecter les réalités du terrain. Si le nouveau président de la République est issu de la première association d’élus locaux du pays, on peut penser que cet événement historique ne sera pas une mauvaise nouvelle pour l’ensemble des maires de France !