En parallèle de la présidentielle, la campagne de David Lisnard pour rester à la tête des maires de France

En parallèle de la présidentielle, la campagne de David Lisnard pour rester à la tête des maires de France Le président sortant de l’AMF, qui va affronter le maire UDI de Sceaux, Philippe Laurent, apparaît en position favorable pour l’emporter fin novembre, après un accord de gouvernance partagée trouvé avec les socialistes.
L’enregistrement des candidatures à la présidence de l’Association des maires de France (AMF) s’est terminé jeudi, à 13 heures. Comme attendu, deux candidats sont présents sur la ligne de départ : David Lisnard, maire Nouvelle Énergie de Cannes et Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux. Chacun devait présenter un minimum de 11 parrainages. Le premier en a déposé 106, le second 13. Concernant le bureau et le comité directeur, le président sortant et Jean-François Debat, maire PS de Bourg-en-Bresse, ont également déposé liste d’union. David Lisnard et Philippe Laurent auront plus de deux mois pour faire campagne, puisque les adhérents seront appelés aux urnes électroniques internes les 23 et 24 novembre, à l’occasion du 108e congrès de l’AMF prévu à Paris, porte de Versailles. Le renouvellement des instances dirigeantes, prévu tous les trois ans, concerne également les 36 membres du bureau et les 100 membres du comité directeur. David Lisnard, président de l’AMF depuis 2021, après un mandat assumé par François Baroin durant sept ans, souhaite poursuivre son action. Comme il l’explique au Figaro, il a le sentiment d’avoir placé l’institution sur les rails d’un renouveau qu’il croit bénéfique pour tous les maires. Il n’a donc pas l’intention de s’arrêter en si bon chemin et pense que sa candidature à la présidentielle, qu’il défend parallèlement sous les couleurs de son parti « Nouvelle Énergie », n’est pas incompatible avec les activités bénévoles de cette présidence. Pour certains de ses soutiens, l’hypothèse d’une victoire à la présidentielle d’une figure de l’AMF constituerait un signal fort pour tous ceux qui attendent avec impatience un nouvel acte de décentralisation. Une rupture aussi après dix années d’un macronisme accusé d’« hypercentralisation », dans toutes les strates des collectivités locales.
La « double casquette » d’un président de l’AMF et d’un candidat
Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et vice-président de la Métropole du Grand Paris, brigue lui aussi la présidence de l’AMF. Il aborde la compétition pour la deuxième fois (il fut candidat en 2020) et se lance dans la course, fleur au fusil. Le 2e vice-président de l’AMF, qui préside également le conseil supérieur de la fonction publique territoriale, ne présente pas de listes pour le bureau ou le comité directeur mais il compte sur quelques anciens colistiers pour peser. Et pour défendre sa candidature, il avance un regard critique sur la gouvernance sortante. « L’AMF doit être renforcée. L’association a fonctionné de manière proclamatoire mais sans réelles avancées. Nous n’avons pas obtenu grand-chose, ni de la part du gouvernement, ni au Parlement. C’est bien d’avoir des messages mais derrière, il faut savoir les véhiculer », soutient l’élu, en dénonçant un manque de concertation avec les autres associations d’élus. Autre angle d’attaque pour Philippe Laurent : la campagne présidentielle de David Lisnard. Il estime que cette double casquette pose un « problème » qui « affaiblit et affaiblira l’AMF ». « C’est une question de portage et d’image, un mélange des genres », conclut le candidat, sans exclure la possibilité de faire émerger une dynamique au cours des prochaines semaines. Un proche du maire de Cannes commente : « Ça devrait rouler, mais warning : je le trouve très imprudent. Son statut de candidat le pousse à faire des déclarations tonitruantes, avec parfois des accents populistes, qui peuvent crisper. Et ça pourrait profiter à Philippe Laurent. » » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau et David Lisnard rejettent l’invitation d’Édouard Philippe et maintiennent leur cap Au sein de l’organisation transpartisane de l’AMF, les socialistes ne partagent pas ces craintes. Ils auraient pu présenter un candidat mais ils assurent avoir trouvé une entente avec David Lisnard qui garantirait la continuité d’un pilotage éloigné des clivages politiques et centré sur les intérêts des maires. André Laignel, coprésident de la commission électorale de l’AMF, a mené les négociations avec le Cannois pour le PS. « Avec le président sortant, nous avons trouvé un accord de gouvernance et de parité à tous les niveaux de l’institution. Compte tenu des différences existant entre le PS et Nouvelle Énergie, ce n’est pas un accord politique mais nous avons démontré notre capacité à travailler ensemble », explique-t-il, avant de préciser que la question de la candidature à la présidentielle n’a pas « pesé » dans cette négociation. Selon lui, chacun sait faire la différence entre l’institution qu’est l’AMF et les positions politiques de chaque membre. En revanche, le socialiste voit cet accord de gouvernance comme un signal : « Dans une période particulièrement tendue et divisée, comme celle que nous connaissons aujourd’hui, le fait que nous soyons encore capables, au sein de l’AMF, de présenter une gouvernance partagée, est un fait politique en soi. Nous sommes sans doute les seuls en France à pouvoir revendiquer une telle capacité à défendre la décentralisation et la justice territoriale, tout en laissant tout ce qui nous divise au second rang. » « Lorsque Baroin était annoncé comme premier ministre de Fillon, il avait su se mettre en retrait » Certains élus, à l’instar de Jean-Pierre Lecoq (maire LR du 6e arrondissement de Paris, mais non adhérent de l’AMF), s’interrogent sur un risque de « conflit d’intérêts » entre cette présidence d’association et les ambitions élyséennes de David Lisnard. Une définition légale que le rival Philippe Laurent n’a pas l’intention de reprendre à son compte. Mais à en écouter certains, la situation n’est pas nouvelle. « Lorsqu’il était annoncé comme un potentiel premier ministre de François Fillon, François Baroin avait su se mettre en retrait lorsqu’il avait décidé de faire sa campagne », se souvient un cadre de l’institution, laissant entendre que le moyen d’éviter toute ambiguïté est de définir préalablement des « modalités ». Pour sa part, David Lisnard prévoit déjà de se mettre en retrait si ses ambitions nationales parvenaient à trouver un écho favorable dans le pays, comme il l’explique au Figaro. Les six personnalités de l’AMF siégeant dans la commission chargée de contrôler ces élections internes ont pour principale mission d’assurer le respect d’un principe « fondamental », selon lequel les instances élues doivent toujours s’engager à représenter l’ensemble des communes et intercommunalités du pays, quelles que soient leur taille, leur localisation et leur sensibilité politique. La grande majorité des 34 000 maires de France et adhérents de l’AMF ne revendiquent aucune étiquette politique. Qui choisiront-ils fin novembre ? En 2021, David Lisnard avait décroché 62,34 % des voix, soit 6 913 électeurs sur les 11 577 votes exprimés. Ce sera un défi de taille pour le challenger Philippe Laurent. Il reste moins de douze semaines aux candidats pour convaincre.