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Présidentielle 2027 : comment Le Pen veut tourner la page des doutes sur son tandem avec Bardella

Les Échos · 10/09/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Repartir sur de nouvelles bases après un retour de vacances pour le moins compliqué : Marine Le Pen entend bien tourner la page des polémiques qui ont plombé l'actualité du Rassemblement national ces derniers jours. Ce dimanche à Hénin-Beaumont, la candidate du RN a prévu de consacrer son discours à une « thématique nouvelle », plutôt « dans le domaine social », affirme-t-on dans son entourage. Histoire de « placer un nouveau sujet dans la campagne », explique aussi l'un de ses proches. Comme tous les ans, la leader du parti d'extrême droite a choisi son fief du Pas-de-Calais pour sa rentrée politique. Elle y sera accompagnée cette année par le président du parti, Jordan Bardella, qui fêtera ce jour-là ses 31 ans. La veille, tous deux auront participé à la rentrée parlementaire de leurs élus, au Touquet. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?

Cohésion et solidité du tandem

En se présentant côte à côte pour la première fois depuis mi-juillet, parviendront-ils à faire oublier les questions qui ont surgi ces derniers jours sur la cohésion et la solidité de leur tandem ? L'absence de Jordan Bardella au Medef, où Marine Le Pen a débattu fin août avec les principaux candidats à la présidentielle, leurs versions différentes sur le départ du conseiller économique François Durvye, ou encore l'embarras de Jordan Bardella sur l'interdiction du voile islamique dans l'espace public, avaient déjà alimenté les doutes. Mais ces derniers jours, les interrogations sont montées d'un cran. L'accord sur l'immigration signé sur scène par Jordan Bardella au Royaume-Uni avec le populiste Nigel Farage, artisan du Brexit, a suscité moult critiques et moqueries de la part de toute la classe politique en France, autant sur le fond que sur la forme. Les lieutenants du RN ont certes tenté d'assurer le service après-vente sur les plateaux, en expliquant que, si la France s'engageait à reprendre les migrants traversant la Manche, c'était pour mieux les expulser ensuite. « Cet accord envoie un signal très clair aux migrants : vous n'aurez pas d'avenir en France et au Royaume-Uni », a ainsi justifié ce mardi le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy, qualifiant l'accord de « courageux ».

Coup de sang de Bardella

Mais le silence de Marine Le Pen, qui n'est pas venue au secours de Jordan Bardella, a été remarqué. Et ce, d'autant que la veille, elle avait riposté sur X aux attaques d'Edouard Philippe sur l'appel de Louis Aliot, vice-président du RN, à « couper le robinet » à l'Ukraine. Un article de « Libération », racontant un coup de sang de Jordan Bardella à propos du rôle que pourrait jouer Marion Maréchal, la nièce de Marine Le Pen, dans la campagne électorale, a jeté de l'huile sur le feu : il aurait quitté une réunion sur le thème « c'est elle ou moi » - des propos démentis en interne sur la forme, mais pas sur le fond. De même, les images, parues dans la presse people, des vacances du jeune président du parti dans des villégiatures de luxe au bras de sa compagne, Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, ont alimenté son procès en déconnexion - à l'opposé du style de Marine Le Pen qui, dit-on, déteste absolument le « bling-bling ». Cette accumulation a alimenté la thèse d'une possible rupture entre les deux têtes du RN. Car difficile pour l'ex-plan B de Marine Le Pen de quitter le costume de candidat à la magistrature suprême. Les tensions ont rappelé à certains la sécession de « l'ex-dauphin » Bruno Mégret du temps du FN de Jean-Marie Le Pen. Au point de pousser Jordan Bardella à réaffirmer ce week-end, sur BFMTV, son « affinité politique et personnelle indéfectible » avec Marine Le Pen. Le tandem est très solide, la thèse du clan Le Pen qui reprend le contrôle, c'est une fable.

Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen

Même si certains cadres du RN reconnaissent que leur président semble encore chercher ses marques, on réfute toute discorde sérieuse au sein du parti. « Le tandem est très solide, la thèse du clan Le Pen qui reprend le contrôle, c'est une fable », assure Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen (qui est aussi son beau-frère). Le RN n'a guère intérêt à une rupture. Jouissant d'une forte popularité et d'une image plus libérale que Marine Le Pen, Jordan Bardella peut aider à élargir l'électorat du parti d'extrême droite, pour la présidentielle mais aussi les législatives qui suivront. « Il peut nous permettre de capter les jeunes », dit un député.

Ne pas se contenter d'un rôle de numéro deux

Toute la question est celle de la place qui lui sera laissée, alors qu'il n'entend pas rester cantonné au simple rôle de numéro deux. Il sortira comme prévu son troisième livre baptisé « Gouverner », croit savoir un député, début novembre. Jusque-là rattaché à son mandat de député européen, son conseiller économique, Charles-Henri Gallois, a officiellement intégré l'équipe parisienne au début du mois. Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste du RN, ne croit guère non plus à un divorce. Il rappelle que la scission de Bruno Mégret, qui pourtant avait construit son propre appareil, s'est soldée par un échec retentissant, et que ceux qui l'avaient suivi ont mis des années à sortir de l'opprobre. « L'essentiel aujourd'hui, c'est que Marine Le Pen reste en tête des intentions de vote, et de loin, insiste-t-il. Le reste, c'est de la tactique. »

Anne Feitz