Présidentielle 2027 : avec la suppression du droit du sol, Bruno Retailleau persiste dans la surenchère à droite

De retour de ses vacances d'été à l'Ile d'Yeu (Vendée), Bruno Retailleau n'a pas attendu sa rentrée politique officielle pour faire parler de lui. En l'espace de quelques jours, le candidat à la présidentielle, qui tiendra un meeting au campus des Jeunes Républicains (LR) samedi, a multiplié les propositions radicales, quitte à parfois brouiller les frontières avec l'extrême droite. Dernière en date : la suppression du droit du sol. « On ne peut pas devenir français par hasard, en catimini, de façon automatique », a lancé le président de LR sur le plateau de CNews, mardi, au sujet de cette proposition historique du Rassemblement national (RN). Estimant que « les juges n'accepteraient pas » une telle réforme si elle n'est pas validée directement par les Français, le Vendéen a l'intention de la soumettre à référendum.
Réviser la Constitution
Pour mener à bien ce projet, Bruno Retailleau souhaite réviser la Constitution afin d'élargir le champ d'application de l'article 11, lequel exclut pour l'heure l'immigration des sujets pouvant être soumis à référendum. Une revendication partagée par Marine Le Pen. Habitué des formules chocs, l'ex-ministre de l'Intérieur, qui avait affirmé que l'Etat de droit n'est « ni tangible, ni sacré », veut par ailleurs « rendre la parole » au peuple pour qu'il puisse aussi remettre en cause les décisions du Conseil constitutionnel. Marqué par la censure du projet de loi sur l'immigration en 2024, le candidat LR promet que les Français pourront « censurer la censure » s'il est élu à l'Elysée. Car « nous ne sommes plus en démocratie », est-il allé jusqu'à déclarer dans un entretien accordé au « Figaro » la semaine dernière. Catholique pratiquant, Bruno Retailleau souhaite en outre inscrire « les racines judéo-chrétiennes de la France » dans la charte de la Constitution. Une mesure que prônait son prédécesseur à la tête de LR, Eric Ciotti, aujourd'hui rallié au RN. Il ne faut pas oublier qu'on préfère toujours l'original à la copie. Attention à la caricature
Un élu LR
« C'est du cinéma pour exister. Quand vous êtes bas dans les sondages, vous faites du bruit », soupire un ministre LR au sujet de ces déclarations parfois éloignées du champ traditionnel de la droite. Désormais crédité d'environ 6 % des voix au premier tour, à un cheveu du seuil des 5 % sous lequel ses frais de campagne ne seraient pas remboursés, Bruno Retailleau met les bouchées doubles pour relancer sa campagne et séduire les anciens électeurs de LR partis vers le RN ou Eric Zemmour. « Il ne faut pas oublier qu'on préfère toujours l'original à la copie. Attention à la caricature », alerte un élu LR, reprenant à son compte l'adage de Jean-Marie Le Pen. « C'est un programme de droite de convictions », objecte son entourage, réfutant toute stratégie électoraliste.
« Radicalité raisonnable »
Chantre de la « radicalité raisonnable », un oxymore censé définir sa ligne politique, Bruno Retailleau durcit cependant plus le ton qu'il ne pratique la nuance en cette rentrée. Récemment, le patron de LR a aussi accusé La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon d'être un « parti de collabos » avec l'islamisme. Sans oublier sa volonté de placer l'Espagne « au ban des nations européennes » après le vaste plan de régularisation de personnes sans papiers mené par son dirigeant socialiste, Pedro Sanchez. Une surenchère à droite qui provoque parfois une gêne dans ses rangs, mais surtout autour d'Edouard Philippe, où l'on espère que ses prises de position ne compromettront pas un éventuel accord entre les deux candidats dans les prochains mois.