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Présidentielle 2027 : Eric Ciotti ne désespère pas de convaincre le RN sur l'économie

Les Échos · 09/09/2026 · ← revue

Par Anne Feitz

Eric Ciotti n'en démord pas. Il entend bien rallier le Rassemblement national à sa vision de l'économie, plus libérale que celle de son alliée, Marine Le Pen. Partisan d'un allègement du poids de l'Etat, de la baisse drastique des impôts et de ce qu'il appelle les « dépenses inutiles », il espère notamment convaincre le RN d'infléchir sa position sur le sujet - sensible - des retraites qui cristallise les débats. Après avoir déjà, dans un entretien au « JDD » mi-août, mis la pression sur son allié sur ce sujet, l'ex-président des Républicains, qui a fondé l'Union des droites pour la république (UDR) pour s'allier au parti d'extrême droite en 2024, a récidivé lors de sa rentrée politique le 5 septembre, à Levens (Alpes-Maritimes).

« Une alliance se nourrit de différences »

« Je l'ai dit à Marine Le Pen […], notre système des retraites, profondément en déséquilibre, est menacé et ne pourra pas tenir », a-t-il déclaré devant ses partisans, en détaillant le « pacte d'alliance » qu'il propose à la candidate du RN dans le cadre de l'élection présidentielle de 2027. « Une alliance se nourrit de différences », a-t-il poursuivi, assurant avoir « longuement échangé » avec Marine Le Pen la semaine dernière. « Je pense qu'il faudra travailler plus, et surtout, je le propose à Marine Le Pen, nous aurons besoin d'installer une dose de capitalisation pour notre retraite. » Alors que la candidate du RN a confirmé cet été son intention de revenir à un âge légal de départ de 62 ans (voire 60 ans pour ceux qui ont démarré tôt), Eric Ciotti porte non seulement un retour à la réforme Borne suspendue l'an dernier, mais aussi l'introduction d'un étage de capitalisation progressivement sur quinze ans. Au sein du parti à la flamme, la question n'est pas encore tranchée. « Ils ne sont pas opposés à la capitalisation par idéologie, comme peut l'être la gauche, ils sont plutôt réticents à alourdir le coût d'une réforme, compte tenu des contraintes budgétaires : la discussion n'est pas politique, mais technique », assure-t-on dans l'entourage d'Eric Ciotti. Le RN ne dément pas. « On n'est pas fermés à la capitalisation, on regarde le sujet froidement », confirme un proche de Marine Le Pen. « Eric Ciotti est un partenaire loyal, ce qu'il propose sera écouté. »

« Une boîte à outils »

Les autres propositions de l'UDR évidemment sont plus compatibles avec la vision du RN : suppression du millefeuille territorial, des droits de succession ou des impôts de production, mise en place d'une règle d'or budgétaire, moratoire sur le droit d'asile, abrogation du regroupement familial et du droit du sol, places de prison supplémentaires, politique familiale de relance de la natalité, etc. Les deux partis disent travailler régulièrement ensemble, et le départ de François Durvye, conseiller de Jordan Bardella sur l'économie, n'y change rien. « Nous nous entendions bien avec lui, mais il n'était pas notre seul interlocuteur », assure-t-on à l'UDR, où l'on se voit comme « une boîte à outils » à disposition du parti allié. De quoi tenter de renforcer sa place d'allié incontournable pour la suite, au moment où des doutes sur la place de Jordan Bardella au sein du RN se font jour. Un meeting du RN est déjà prévu à Nice en fin de campagne, tandis que les deux formations réfléchissent à organiser des événements communs. Alors que son élection à la marie de Nice, en mars dernier, lui a donné un nouvel élan, Eric Ciotti mise maintenant sur les élections sénatoriales du 27 septembre pour conforter le poids de l'UDR. Le parti espère gagner « entre 4 et 6 sénateurs », selon le même interlocuteur (dont 3 dans son fief des Alpes-Maritimes), et former un groupe avec le RN à la Chambre haute.

Capter une partie de l'électorat LR

Il parie aussi in fine au ralliement du président de LR, Bruno Retailleau, au candidat Horizons Edouard Philippe, qui lui permettrait de renforcer son rôle de sas entre LR et le RN. « Nous capterons alors une partie de l'électorat LR, chez les bourgeois de droite ou les notables, rétifs au macronisme mais ayant du mal à voter RN », veut croire l'entourage d'Eric Ciotti. Le RN a déjà prévu de réserver 80 circonscriptions à l'UDR lors des prochaines élections législatives, lui permettant de viser « entre 30 et 45 députés ». Il en compte 17 aujourd'hui.

Anne Feitz