Présidentielle 2027 : Edouard Philippe propose une rencontre début novembre pour amorcer le rassemblement de la droite et du centre, sans susciter d’entrain

A défaut d’endosser les habits du candidat naturel, Edouard Philippe a décidé de « tendre la main ». En réunissant, mardi 8 septembre, en début de soirée, son premier comité de campagne élargi au-delà des rangs de son parti Horizons, l’ancien premier ministre a mis en scène les ralliements des dernières semaines. La démarche vise à affirmer un rapport de force en sa faveur face à Gabriel Attal (Renaissance) et Bruno Retailleau (Les Républicains, LR), qui peinent à élargir leur socle de soutiens. Les ministres macronistes Maud Bregeon, Gérald Darmanin, Mathieu Lefèvre, comme d’anciens membres des Républicains (Nathalie Kosciusko-Morizet, Vincent Chriqui, Grégory Canal…), ainsi que de nouveaux élus locaux, avaient fait le déplacement. Faute de place suffisante dans les bureaux d’Horizons, les près de 80 participants se sont retrouvés dans une salle du boulevard Haussmann, dans le 9e arrondissement de Paris. A cette occasion, Edouard Philippe a officialisé son départ de la présidence d’Horizons – parti qu’il a fondé en 2021 – à compter du 1er octobre, au lendemain des élections sénatoriales. Le maire d’Angers, Christophe Béchu, numéro deux du parti, assurera l’intérim. Des comités de soutien locaux baptisés « avec Edouard » seront aussi lancés à la fin de cette semaine. Une manière pour le maire du Havre d’inscrire sa démarche élyséenne au-delà des frontières partisanes. Edouard Philippe a surtout annoncé qu’il allait lancer une initiative pour permettre l’émergence d’une candidature unique d’ici le début 2027. Dans un courrier, il proposera « aux différentes familles de la droite et du centre de se réunir à la Toussaint », pour « discuter de[s] convergences programmatiques » et des élections législatives qui suivront, a expliqué le secrétaire général d’Horizons, Christophe Béchu à la presse, en amont de la réunion. Pas encore envoyée, l’invitation s’adressera à « ceux qui veulent réformer le pays et qui pensent que tout ne peut pas attendre le mois de mars ou de mai », a fait valoir le codirecteur de campagne d’Edouard Philippe. Seront conviés non seulement les chefs de parti, les candidats déclarés, mais aussi des ténors de cet espace politique allant « du MoDem à Nouvelle Energie » – le mouvement du maire de Cannes (Alpes-Maritimes), David Lisnard. A la sortie du comité, Edouard Philippe a refusé d’en dire plus sur la liste des destinataires, mais il a confirmé proposer un tel rendez-vous « au début du mois de novembre ». Il a estimé qu’en tant que candidat « pour l’instant le mieux placé dans les sondages, c’[étai]t à [lui] qu’il rev[enai]t de prendre cette responsabilité de dire, “rencontrons-nous, parlons-nous” ». « J’espère qu’ils sauront saisir la main tendue », car « si nous continuons à nous diviser, nous ne gagnerons pas », a-t-il mis en garde.
« Arrangement entre notables »
Soucieux d’apparaître comme le plus apte à faire converger les idées et les personnalités, le prétendant à l’Elysée a pourtant admis, le matin même, ne pas avoir encore réussi à imposer son leadership, compte tenu de la multiplication des ambitions et des appels persistants à une primaire. « Il n’y a pas de candidat naturel (…), d’autres candidats sont légitimes », a-t-il reconnu sur Franceinfo. Se gardant bien de répondre aux attaques de ses concurrents ou de critiquer leurs propositions, il préfère, ces derniers jours, insister sur « les convergences ». L’initiative vise à renverser la pression sur ses challengers, en jouant la carte de l’opinion. Car le Normand et ses soutiens sont convaincus que ceux qui s’y soustrairont en paieront le prix chez leurs électeurs, inquiets à la perspective d’un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. Une démarche lancée à la veille d’un déjeuner du « comité de liaison », mis sur pied au printemps par Gabriel Attal, afin de trancher les modalités d’un rassemblement au sein du bloc central, mais dont les discussions patinent. Christophe Béchu y représente chaque mois Horizons aux côtés de cadres du MoDem (Marc Fesneau), de l’Union des démocrates et indépendants (Hervé Marseille), de Renaissance (Franck Riester) et du Parti radical (Nathalie Delattre). Sans vouloir dissoudre cette instance, Christophe Béchu a de nouveau déploré, mardi, l’exclusion du parti Les Républicains, qu’Horizons considère comme un autre allié naturel. Faisant le pari que le scrutin de 2027 donnera lieu à une vaste recomposition politique après dix ans de macronisme, Edouard Philippe prône depuis le mois de mai la création d’un parti unique ou d’une confédération rassemblant du MoDem à LR. Il a réitéré le message fin août, à Tourcoing (Nord), lors de la rentrée politique de Gérald Darmanin, où il a défendu l’idée d’un accord programmatique et législatif, permettant d’avoir « des candidats uniques dans chaque circonscription ». Mais cette idée se heurte déjà au peu d’entrain de ses partenaires supposés, alors qu’ils sont en désaccord sur l’étendue des alliances de la coalition à bâtir et ont tous été déroutés par la manière de faire d’Edouard Philippe, mardi. A commencer par le président du MoDem, François Bayrou, favorable à un rassemblement allant de la gauche sociale-démocrate à la droite, qui n’a que peu goûté la proposition, estimant que M. Philippe n’est pas en position hégémonique pour convoquer ses homologues. Dès mardi soir, le président de LR, Bruno Retailleau, a lui aussi balayé la proposition, refusant de participer à « une réunion pour les macronistes, entre macronistes ». Tout comme David Lisnard, qui a dénoncé « une sorte d’arrangement entre notables » et réitéré son appel à une primaire. Gabriel Attal, qui dînait avec le premier ministre, Sébastien Lecornu, a, lui, attendu d’être interrogé par Franceinfo, mercredi matin, pour s’étonner de l’initiative de son prédécesseur à Matignon. Arguant qu’un comité de liaison existait déjà au sein du bloc central, celui qui refuse pour l’heure une alliance avec la droite conservatrice incarnée par Bruno Retailleau a préféré balayer la question. « Il y a un temps pour tout », a-t-il estimé : d’abord les propositions plutôt que « la tambouille politicienne ». Même Hervé Marseille et le président du Sénat, Gérard Larcher, qui n’ont de cesse d’appeler à ce que les forces de la droite et du centre s’unissent, ont partagé mardi leur étonnement sur la méthode choisie. « Le problème, c’est le coup de pression par voie de presse. Evidement qu’il faut parler de l’union et des législatives, mais il faut un minimum d’égard envers ses partenaires », regrette le président de l’UDI. Christophe Béchu relativisait, mardi, anticipant les réactions épidermiques : « Nous ne sommes qu’au début du mois de septembre. Ce qui se passera dans plusieurs semaines, c’est une éternité. »