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Diviser pour mieux loger : à Rennes, ces tours vont gagner 46 logements sans bétonner un seul mètre carré

Le Télégramme · 09/09/2026 · ← revue

Les derniers habitants ont quitté les lieux. Désormais, les ouvriers s’affairent aux 2 et 8 rue du Bourbonnais, dans le quartier populaire de Villejean, à Rennes. Ces deux tours HLM des années 70, témoins des guerres récentes entre narcotrafiquants, subissent un chantier pas tout à fait comme les autres, depuis décembre 2025. Les élus rennais en font un des symboles du « recyclage immobilier », cette méthode émergente qu’ils espèrent faire changer d’échelle.

« À partir de grands logements, on en fait plusieurs »

À l’origine, il y a ce constat : Rennes, comme de nombreuses métropoles, fait face à une pénurie de logements, notamment sociaux. Et la possibilité de « bétonner » des terres agricoles pour y bâtir de nouveaux ensembles se raréfie. Comment continuer à produire de nouvelles habitations ? « En reconstruisant la ville sur elle-même », répètent les élus rennais comme un mantra. Investir les friches industrielles, remplacer les maisons par des immeubles le long des boulevards… Mais aussi « recycler » certains bâtiments. Les Tours Bourbonnais sont parmi les premières à tester cette nouvelle manière de faire, après une première expérience à Maurepas. Ici, seule la structure de l’édifice sera conservée. Les étages, en revanche, vont être complètement réaménagés. Les appartements, type T4 ou plus, vont être remembrés pour créer à la place plusieurs T1 ou T2. « À partir de grands logements, on en fait plusieurs », résume Honoré Puil, vice-président à l’habitat de la Métropole. Les 165 appartements d’origine vont en devenir 211. Soit 46 en plus.

Le recyclage immobilier, une troisième voie

Manière, aussi, de mieux coller à la réalité des familles d’aujourd’hui. « Dans les années 70, ces logements avaient été conçus pour trois à quatre personnes, ce qui correspondait à la taille des ménages », détaille Honoré Puil. « Désormais, un foyer est constitué en moyenne de 1,8 personne. Nous faisons face à une demande croissante de logements de petite taille. » La collectivité estime donc qu’il est parfois possible, dans certains bâtiments HLM, de loger plus de monde en partant de l’existant. Une sorte de troisième voie entre, d’un côté, une rénovation classique qui ne toucherait pas à la typologie des logements et, de l’autre, une lourde destruction/reconstruction. Son gros avantage : limiter les frais. L’opération, portée par le bailleur social Espacil Habitat, va coûter 27 millions d’euros. Soit un coût moyen par logement de 145 000 €, inférieur d’environ 25 % au prix du neuf. L’autre intérêt est écologique : le besoin en matériau nouveau est grandement réduit. D’ailleurs, une partie des éléments d’origine, comme les portes ou les sanitaires, sera réemployée, sur cette opération ou ailleurs.

Des opérations complexes

Cette restructuration constitue un défi technique. Le bâtiment, par exemple, est-il en mesure de supporter le poids des nouvelles cloisons montées dans les étages ? Dans le cas des Tours Bourbonnais, pas besoin de renforcer les fondations, sauf sur la façade sud, où seront ajoutés des balcons. Mais tous les ensembles ne s’y prêtent pas. Reste aussi à trouver les montages juridiques pour accompagner cette technique nouvelle. Et à convaincre l’État. Le dossier rennais a dû obtenir une dérogation pour débloquer les financements. Le cas de Villejean n’est qu’un exemple de ce « recyclage immobilier », encore balbutiant. Transformer les bureaux en immeuble d’habitation fait aussi partie des pistes. Tout comme la surélévation de certaines copropriétés en construisant des étages supplémentaires. Mais à chaque fois au cas par cas, au vu de la complexité des chantiers. Pour détecter des projets prometteurs et faire émerger une vraie filière, un appel à manifestation d’intérêt a été lancé par la Métropole en octobre 2025. Dix dossiers seront retenus. Avec un objectif : 3 000 logements « recyclés » en 2028.