« Il n'y a pas d'endroit plus puissant pour toucher le maximum de Français » : les chaînes de télévision en ordre de marche pour l'élection présidentielle

Déclarations de candidature au 20 heures de TF1, retour de « L'Heure de vérité » sur France TV, reportages sur les coulisses de campagne sur BFM TV… Malgré l'effritement des audiences et la concurrence de TikTok ou YouTube, la télévision joue encore les premiers rôles alors que débute la campagne pour l'élection présidentielle. En cumulé, les 20 heures de TF1 et France 2 tutoient 50 % de part d'audience depuis le début de l'année, avec en moyenne 8,4 millions de Français derrière l'écran chaque soir, selon Médiamétrie. Certes, c'est moins que les 10 millions de 2017, et l'écart entre le 20 heures de TF1 et celui de la Deux s'est creusé, mais ces rendez-vous restent incontournables.
Bataille des chaînes d'info
« Les usages de consommation évoluent mais il n'y a pas d'endroit plus puissant que la télévision pour toucher le maximum de Français au même moment », remarque Philippe Corbé, aux manettes de l'information de France TV. « Les audiences du média télévision baissent certes, mais par rapport à des niveaux qui étaient encore incroyables il y a moins de dix ans, appuie Christopher Baldelli, président de T18 (groupe CMI France) et ancien patron de France 2. Le réflexe de l'événement en direct est toujours très puissant à la télé. » Au-delà des JT, l'élection présidentielle de 2027 marquera aussi un nouveau chapitre de la bataille entre les chaînes d'info. Après plusieurs années d'ascension pour CNews, sa rivale BFM TV a repris le leadership depuis quelques mois, talonnée par LCI, qui bénéficie d'une très forte dynamique - en août, elle était même ex aequo avec BFM TV. L'événement politique de la saison devrait logiquement alimenter les audiences des quatre chaînes d'info (en incluant aussi France Info), dont la PdA cumulée s'élève à 9,9 % en 2026, contre moins de 5 % en 2017. Mais, pour toutes les chaînes, la mobilisation est d'autant plus grande que l'élection pourrait être inédite, compte tenu de la multiplication des candidats à ce stade et de l'éventualité, surtout, d'un deuxième tour Le Pen-Mélenchon, selon les sondages. VIDEO - Comment les candidats de la présidentielle financent-ils leurs campagnes ?
M6 s'y met aussi
« C'est sans doute l'élection la plus importante depuis 1981 », fait valoir Thierry Thuillier, DG adjoint du groupe TF1. Dans ce contexte, « notre ambition est d'aider nos concitoyens à choisir en jouant un rôle moteur dans le débat démocratique : pour la première fois, le groupe TF1 propose des offres sur l'ensemble des canaux de diffusion (antennes, numérique et réseaux sociaux) », poursuit-il. « Face aux attentes des candidats et du public, la réponse est d'avoir une offre complète », reprend de son côté Philippe Corbé. Du côté de BFM TV, l'offre sera bâtie sur « trois piliers : explications, interviews et échanges avec les Français en leur donnant la parole », indique Jean-Philippe Baille, DG délégué à l'info chez RMC BFM. Depuis quelques jours et tout au long des prochains mois, les chaînes dégainent leurs nouveautés (cases d'interviews, émissions spéciales, formats numériques, etc.). Même M6, traditionnellement plus en retrait sur la politique, proposera pour la première fois une grande soirée électorale pour la présidentielle, en codiffusion avec RTL - en plus de recevoir des candidats au JT de 19h45. Ce branle-bas de combat se fait en dépit d'un mercato 2026 assez calme, à l'exception de la mise en retrait de Léa Salamé du 20 heures de France 2, après la candidature de son compagnon Raphaël Glucksmann, et de l'arrivée de Sonia Mabrouk chez BFM TV en provenance de CNews.
Une conjoncture difficile
CNews a confié à Laurence Ferrari l'organisation de son dispositif de campagne. La journaliste animera une nouvelle émission bimensuelle, qui débute ce mardi. « Il y aura de très nombreux temps forts, avec des émissions spéciales, dont 'Objectif Elysée 2027', des duels, des débats, des soirées électorales, explique Serge Nedjar, le DG de CNews. Nos points forts sont également nos incarnations, qui recevront les candidats et autres personnalités politiques dans leurs émissions. » Pour les chaînes, la préparation de la présidentielle se prépare dans un contexte économique tendu, avec un marché publicitaire baissier. Beaucoup d'entre elles misent d'ailleurs aussi sur les synergies intragroupe (TF1/LCI, France Info/Ici, CNews/Europe1/JDD, BFM TV/RMC/Brut, etc.). Les états-majors assurent avoir les ressources nécessaires pour mener un travail ambitieux. « Ce qui coûte le plus cher dans la couverture d'une campagne, c'est le terrain, prévient cependant un connaisseur du PAF. Les émissions de plateaux, elles, ont un coût assez prévisible. D'où la profusion de nouveaux concepts. Mais ce sera intéressant de voir combien de ces lancements vont tenir sur la durée de la campagne. » Le marathon ne fait que commencer.