Présidentielle 2027 : David Lisnard à l'école Milei

Par Philippe Besson
Avez-vous eu la chance de voir David Lisnard surgir sur scène, l'autre jour, pour le meeting de rentrée de son (micro-) parti ? Franchement, ça valait le coup. Il faut dire qu'il se produisait à domicile, dans sa bonne ville de Cannes, sur la butte de Saint-Cassien, dédiée au saint patron de la ville. Les images avaient été soignées. Le look aussi, puisque notre vedette du jour portait un jean slim qui soulignait sa silhouette d'ancien jeune homme et une chemise d'un blanc éclatant, probablement parce que c'est l'idée que les bourgeois quinquagénaires se font de la branchitude. Mais ce qui a retenu l'attention, c'est le fond sonore : Monsieur le maire a fait son entrée au pas de course sur du Elvis Presley. Etrange pas de course, au demeurant, qui tenait davantage de la fugue affolée du lapin pris dans les phares d'une voiture que du déplacement alerte et racé d'un Obama par exemple.
« A little less conversation, a little more action »
Car il était là, bondissant, trottinant de manière un peu erratique, avant de chauffer le public de ses supporters comme un chanteur de variété encourage ses fans vieillissants à applaudir. Si le tout était légèrement malaisant, il aura néanmoins marqué les esprits. La chanson du King, bien sûr, n'avait pas été choisie au hasard. Les paroles de « A Little Less Conversation » avaient, en effet, pour fonction d'illustrer son slogan de rentrée : un peu moins de baratin, un peu plus d'action. Dans le genre subtil, on repassera. Mais David Lisnard est plutôt grosse caisse de fanfare que musique de chambre. Et il tenait à ce que chacun comprenne qu'il ne manque pas d'énergie, qu'il est prêt à en découdre. C'est bien simple : il ne manquait que la tronçonneuse de Javier Milei.
L'influence de Javier Milei
D'ailleurs, il ne fait pas de doute que c'est du côté de l'Argentin excentrique et échevelé qu'il puise son inspiration politique. Il a choisi les mêmes cibles que lui : l'abominable dépense publique, l'obèse Etat-providence, les odieuses réglementations, les insupportables impôts, les méchants écolos, les trop nombreux immigrés. Il y a ajouté les gratte-papier de Bruxelles pour faire couleur locale. Et il a préféré la raie sur le côté. Quand on se souvient que Milei l'a emporté, malgré les nombreuses railleries, il faut donc peut-être prendre Lisnard au sérieux. D'autant que la multiplication des candidatures farfelues (même Natacha Polony menace de se présenter, c'est dire si on est dans un grand n'importe quoi) rend la sienne moins baroque. Et qu'il dispose d'atouts non négligeables : une notoriété acquise grâce à sa fonction de président de l'Association des maires de France, une relative virginité (il n'a, ainsi, jamais été ministre, le poste honni par excellence), une habileté dans le maniement des réseaux sociaux, une ambition telle qu'elle peut vaincre beaucoup de résistances et une immodestie qui a plutôt réussi à Trump. Romans de campagne : Rangeons donc les sarcasmes et suivons son parcours dans une compétition où à peu près tout peut arriver.