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Présidentielle 2027 : en France, les candidats de la gauche et du centre s'emparent de la victoire de l'AfD pour agiter le chiffon rouge

Les Échos · 07/09/2026 · ← revue

Par Anne Feitz, Hadrien Valat

La victoire de l'AfD en Allemagne s'invite aussi dans l'élection présidentielle en France. Alors que le parti d'extrême droite a remporté 43,8 % des voix dimanche dans le Land de Saxe-Anhalt, qui compte 2,1 millions d'habitants à l'est de l'Allemagne, plusieurs candidats pour 2027 ont exprimé leurs inquiétudes et alerté sur la dynamique à l'oeuvre du « programme de haine » qui prospère en Europe, agitant le chiffon rouge d'une victoire de l'extrême droite en France. Face au vote allemand pour un parti russophile et pro-Trump, violemment anti-immigration, le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, a ainsi appelé à « tirer les enseignements » de ce qu'il considère comme « un signal d'alerte pour tous ceux qui pensent que faire barrage à l'extrême droite constitue un projet politique », tandis que les candidats de gauche pointaient les responsabilités de ces résultats.

Stratégie de radicalisation

« La droite néolibérale par ses politiques austéritaires a mis le pied à l'étrier d'une extrême droite qui prospère sur les malheurs des classes populaire et moyenne », écrit sur X Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. La victoire de l'AfD est la conséquence de la « politique économique, qui limite l'investissement, qui produit du chômage, qui met les travailleurs d'ici en concurrence avec les Roumains ou les Indiens », pointe également François Ruffin. Jean-Luc Mélenchon inclut, lui, jusqu'à une partie de la gauche modérée dans le cercle des coupables. « La victoire de l'AfD est le résultat de la politique néolibérale des gouvernements allemands de grande coalition droite-PS », étrille-t-il, érigeant son projet de « rupture » comme seul rempart à l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite. Les sociaux-démocrates de centre gauche, à l'instar de Bernard Cazeneuve, font le constat inverse et appellent au « rassemblement qui résistera au dégagisme ». Cette « coalition des engagés », composée de « la gauche qui veut gouverner, les républicains du centre et les modérés », doit trouver « un compromis historique, gaullien » pour « éviter le pire », explicitait fin août l'ancien Premier ministre. Une position proche de celle de François Hollande, qui, ce lundi matin sur France Info, appelait à nouveau à « l'union » en allant « chercher des électeurs […] qui ne sont pas aujourd'hui dans le camp de la gauche ».

Positions « pas acceptables »

Le Rassemblement national est, de son côté, plus embarrassé. S'il ne peut que se réjouir d'une victoire de l'extrême droite outre-Rhin, qui le fait apparaître moins isolé en Europe, il a rompu depuis 2024 avec l'AfD, dont la stratégie de radicalisation n'est pas compatible avec sa propre volonté de dédiabolisation. Notamment à la suite des propos de l'un de ses leaders, qui avait affirmé qu'un « SS n'était pas automatiquement un criminel ». Ni la candidate du parti, Marine Le Pen, ni son président, Jordan Bardella, n'ont réagi à ce stade aux résultats de l'AfD. Mais les porte-parole du RN ont dû composer, sur les plateaux de télévision, avec cette contradiction. « Nous prenons acte d'un vote populaire de ras-le-bol, face à des partis du système qui ne gèrent pas l'immigration, qui ne gèrent pas l'économie, qui ne contrôlent pas le prix de l'énergie… » a déclaré Jean-Philippe Tanguy, sur LCI dimanche soir. Prenant soin de se distancier d'une formation ayant pris des positions « pas acceptables pour un parti républicain », sur « la guerre mondiale ou la vision de l'histoire », le député de la Somme a toutefois jugé que la diabolisation de l'AfD n'avait « pas lieu d'être ».

« L'heure de vérité » selon Reconquête

Interrogé samedi sur l'AfD, Jordan Bardella avait de son côté indiqué qu'il n'était « pas prévu » de renouer même en cas de victoire dimanche. Seul le parti Reconquête d'Eric Zemmour, qui prône comme l'AfD la « remigration », s'est ouvertement félicité de ses résultats. C'est « l'heure de vérité », a-t-il réagi, tandis que sa compagne, Sarah Knafo, se réjouissait sur X d'une « victoire historique », liée à « cinquante ans d'impuissance volontaire, sur des sujets que les peuples tiennent pour existentiels ». Alors que Reconquête est toujours allié à l'AfD au Parlement européen, l'eurodéputée a jugé que le parti allemand était qualifié « à tort » de néonazi, ce lundi sur TF1.

Anne Feitz et Hadrien Valat