Présidentielle 2027 : le pari contesté de Fabien Roussel

Par Hadrien Valat
Les communistes ne croient pas en un sauveur suprême - ni dieu, ni césar, ni tribun, d'ailleurs. Mais ils continuent de croire en Fabien Roussel. Ce week-end, les adhérents du Parti communiste français se sont prononcés à 72 % en faveur de la candidature de leur secrétaire national à l'élection présidentielle. Ce sera sa deuxième participation, après avoir obtenu 2,28 % des suffrages au premier tour en 2022. Dans les différents scénarios testés par les sondeurs, le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) est pour l'heure donné entre 2 et 3,5 %. Soit bien loin, à ce stade, de pouvoir rêver de second tour.
400.000 voix
C'est d'ailleurs ce que lui reproche une partie de ses camarades, en butte avec sa candidature. A l'instar de certains députés communistes, notamment Elsa Faucillon et Stéphane Peu, qui militent pour une candidature commune avec le reste de la gauche face au risque de victoire de l'extrême droite, et privilégient un rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon. « Je rencontre beaucoup de communistes qui ne veulent pas reproduire le jusqu'au-boutisme de Roussel en 2022 qui a conduit à nous faire éliminer », affirme une pointure de LFI. Les Insoumis ont tous en tête les 400.000 voix qui avaient manqué à Jean-Luc Mélenchon pour se hisser au second tour, quand Fabien Roussel, qui avait refusé de retirer sa candidature, en avait obtenu 800.000. « Le problème de la gauche, ce n'est pas qu'il y ait plusieurs candidats, c'est qu'elle n'est pas majoritaire dans le pays. Je souhaite pouvoir contribuer à ce qu'elle redevienne majoritaire », a rétorqué dimanche sur TF1 Fabien Roussel, qui dit vouloir s'adresser à un électorat qui s'est détourné de la gauche.
« Rouge qui tache »
Comment ? Par son style déjà : il cultive une image de bon vivant, proche de la France populaire, celle des campings, du vin et des barbecues. Avec à la clé son lot de petites phrases. Il incarne ainsi une gauche qui n'a pas pris le virage « woke », qui s'en tient aux classiques de la lutte des classes plutôt que de s'aventurer sur les sentiers de l'intersectionnalité. « Une ligne très droitière », grince un cadre Insoumis. Pour l'officialisation de sa candidature sur TF1, Fabien Roussel a mis l'accent sur le travail, le pouvoir d'achat, l'industrie. Lui veut « reconstruire une France qui produit des richesses », en s'appuyant notamment sur l'énergie nucléaire, quand Les Ecologistes et LFI prévoient à terme d'en sortir. Miser sur « le rouge qui tache », en étant « très radical sur la République et le social », voilà son trou de souris, glissait récemment un de ses lieutenants. De quoi se frayer un chemin entre, d'une part, « le côté repoussoir de Jean-Luc Mélenchon, qui a arrêté de parler de social et qui est entouré de gens pas très recommandables », et, de l'autre, « la social-démocratie qui se vautre dans une vision hyperfédéraliste de l'Europe », estimait le même. Recomposition de la gauche post-Mélenchon ? En pariant, aussi, sur le ralliement d'une partie de la gauche morcelée. Pourquoi pas par exemple d'un François Ruffin, qui ne peut plus compter sur la primaire de la gauche et qui aurait bien du mal, s'il en avait effectivement l'intention, de participer à la désignation du pôle socialiste. Ou d'une Clémentine Autain, une autre ex-Insoumise dans une position similaire. Avec le renfort d'écolos et de socialistes écoeurés par leurs maelströms internes, la candidature communiste pourrait préfigurer une recomposition de la gauche post-Mélenchon, veulent croire les « roussellistes » les plus optimistes. Pas de chance, ses concurrents à gauche tiennent un miroir inversé : ils tablent eux sur l'effondrement de Fabien Roussel pour siphonner ses voix…