Présidentielle 2027 : Edouard Philippe laboure à droite et continue d'asphyxier la candidature de Bruno Retailleau

Edouard Philippe continue d'occuper le terrain à droite. En déplacement à Alès ce lundi, le candidat Horizons a présenté son projet en matière de lutte contre le narcotrafic. Le choix de cette sous-préfecture du Gard est symbolique. Son maire, Christophe Rivenq (Les Républicains, LR), a été exfiltré par les policiers du RAID après avoir reçu des menaces de la DZ Mafia le 21 juillet. Comme il l'avait déjà évoqué, l'ex-Premier ministre a réitéré son souhait d'instaurer un « état d'urgence narcotrafic ». Inspiré de la lutte contre le terrorisme, ce dispositif temporaire doit permettre d'avoir recours à « des perquisitions », à « la reconnaissance faciale pour interdire l'accès à une zone » et doit donner des « moyens étendus » aux enquêteurs, a-t-il précisé.
S'attaquer aux consommateurs
Pour « taper au portefeuille » les narcotrafiquants, Edouard Philippe propose la création d'une « fiche S financière » afin de « surveiller les actifs financiers » des personnes mises en examen ou condamnées pour narcotrafic. Le maire du Havre (Seine-Maritime) veut aussi donner la possibilité aux juges de priver les narcotrafiquants de certaines prestations relevant de la solidarité nationale (RSA et allocations). Les peines seront par ailleurs durcies et alignées sur le régime pénal des terroristes. Aux rayons des nouveautés, Edouard Philippe veut également s'attaquer aux consommateurs de produits stupéfiants. « C'est là où il faut porter le poids du corps », soutient un conseiller. Les prestations sociales de ces derniers pourraient être suspendues si une amende n'est pas payée. Dans la fonction publique, tous les agents verbalisés seront en outre signalés à leurs employeurs. Rien, en revanche, sur le volet préventif. En campagne pour rassembler la droite et le centre, Edouard Philippe muscle son discours depuis plusieurs semaines. Après avoir critiqué l'Espagne cet été pour sa politique de régularisation massive, il a fait sa rentrée à Mayotte, où il entend « fermer les vannes de l'immigration ». Là, il veut notamment interrompre l'enregistrement des demandes d'asile, suspendre le droit du sol et restreindre le regroupement familial. Chômage, arrêt maladie, école… Sur le volet économique, il a aussi dévoilé une série de mesures visant à abaisser à 12 mois la durée d'indemnisation du chômage pour les moins de 50 ans et à mettre « fin à l'open bar des arrêts de travail ». Sans oublier qu'il répète sans cesse qu'il va falloir travailler plus longtemps. Des thématiques chères à la droite, dont il cherche à capter l'électorat pour mieux assécher la candidature de Bruno Retailleau, qui décroche dans les sondages. Crédité de 6 à 7 % des voix au premier tour dans les dernières enquêtes d'opinion, contre parfois 20 % pour Edouard Philippe, le patron de LR peine de plus en plus à exister face à ce rival. Sur l'école, par exemple, les deux candidats ont récemment présenté un programme en faveur d'une hausse des rémunérations des professeurs et d'une plus grande autonomie des établissements.
« Ce sont deux mecs de droite »
Quant au narcotrafic, cheval de bataille de Bruno Retailleau lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, les deux hommes proposent chacun de leur côté un « état d'urgence » en la matière, leurs entourages se disputant la paternité de la mesure. Au point que Valérie Pécresse a salué fin août des « signes de convergence politique très intéressants » avec LR, tout en réaffirmant « la légitimité » de Bruno Retailleau à porter les couleurs de son parti. Difficile de s'y retrouver, concède un ministre LR. « Au fond, ce sont deux mecs de droite », observe ce dernier, persuadé que les électeurs se porteront avant tout sur le mieux placé pour faire gagner leur camp et feront fi des questions partisanes. Pris en étau entre Edouard Philippe et Marine Le Pen, Bruno Retailleau a tenté de marquer sa différence la semaine dernière en dévoilant un projet de réforme constitutionnelle. Celui-ci vise notamment à élargir le champ du référendum pour s'affranchir des censures du Conseil constitutionnel, en critiquant au passage l'Etat de droit. Mais la surenchère droitière ne semble pas ralentir sa lente érosion dans les enquêtes d'opinion. « Les sondages à huit mois d'une élection ne disent rien de l'élection », a rétorqué Bruno Retailleau dimanche soir sur BFMTV. « Je suis candidat car je considère que personne d'autre ne porte le projet que je porte […] un projet de changement systémique », a-t-il souligné, réaffirmant qu'il continuerait à se « battre pour ça jusqu'à la victoire ».