Revue de presse

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« Un vrai défilé de zombies » : quand ce quartier tranquille se transforme en supermarché de la drogue à Rennes

Le Télégramme · 07/09/2026 · ← revue

Des silhouettes désarticulées. Des regards vides. À la tombée de la nuit, le quartier Anatole France dans le centre-ville de Rennes prend parfois des airs de cour des miracles. Depuis quelques mois, le square de la Touche est devenu un point de deal qui attire des consommateurs de plus en plus précaires. Il suffit de s’installer à la terrasse des bars, passé 21 h pour voir le manège commencer. « Ces zombies débarquent, complètement sous psychotropes, impossible de les raisonner », décrit une cliente habituée du quartier. Le constat est amer. « Cet état de délabrement me désespère. On ne voyait pas ça encore l’année dernière, je trouve que c’est vraiment de pire en pire. » En plein centre-ville, dans ce quartier plutôt chic notamment habité par le corps médical étant donné la proximité du centre hospitalier universitaire (CHU), le décalage est d’autant plus frappant que le secteur reste prisé. « Post-Covid 19, un point de deal s’est monté dans la résidence étudiante devant la passerelle qui mène au CHU. Le point de deal a été démantelé par la police et la ville a installé une caméra de surveillance. Mais une autre équipe s’est installée un peu plus loin, square de la Touche. Le point de deal ne tourne pas en continu et la police est très présente. »

Petites cuillères et aluminium

Mais sur le terrain, l’économie locale encaisse les coups. Dès la sortie de la station de métro, les enseignes se transforment malgré elles en guichets de fortune pour les toxicomanes. Le ballet est incessant. « On a de plus en plus de gens qui viennent nous demander de la monnaie », témoignent plusieurs commerçants. Face à l’afflux, la consigne est stricte. « Évidemment, on refuse à chaque fois parce que sinon ce serait toute la journée, ils reviendraient sans cesse. Mais on a beaucoup de gens, consommateurs de stups, qui veulent obtenir des billets car les dealers ne prennent pas les pièces. » Parfois, les requêtes prennent une tournure déroutante. « Certains entrent pour réclamer des petites cuillères ou du papier aluminium. Les consommateurs sont de plus en plus des zombies, c’est très clair. » Dans le centre, les réseaux écoulent des produits souvent introuvables en banlieue, comme de la méthadone, du Subutex ou des médicaments divers Corollaire de cette précarisation des publics : au Carrefour Market comme au magasin bio, le nombre de vols grimpe en flèche. Il y a quelques mois, un fleuriste du quartier s’est fait menacer après avoir découvert du cannabis caché sous son tapis. Dans les bars, les insultes pleuvent régulièrement. « Nous, ça fait vingt ans qu’on est là, on trouve que le quartier s’est beaucoup dégradé », lâchent les patronnes du bar Le Vincennes. « Avant, le trafic se concentrait au pied de la passerelle, près de la cité universitaire. Il s’est aujourd’hui déplacé vers le square de la Touche. Le samedi, on constate quand même que c’est un vrai défilé de zombies, tout le monde vient acheter sa came, c’est une catastrophe. Nous, on les chasse de notre terrasse et on ne les sert pas. » L’exaspération déborde désormais les frontières du square. « C’est tout le centre de Rennes », concluent-elles, sceptiques face à la construction de futurs logements sociaux dans la zone.

Du crack à la marge

Dans son dernier rapport paru en août, Trend, l‘Observatoire français des drogues et des tendances addictives, dresse le portrait d’un marché hyper-central bien spécifique. Le trafic dans le centre de Rennes y est décrit comme « moins structuré que dans les quartiers périphériques ». Mais une particularité notamment attire une frange de population très précaire : « Les réseaux y écoulent des produits souvent introuvables en banlieue, comme de la méthadone, du Subutex ou des médicaments divers. Des ventes d’héroïne et de cocaïne y sont également constatées. » Le rapport pointe ainsi la possibilité d’acheter du crack à la marge, soit sur quelques points de revente du centre-ville, soit directement en appartement.