« On ne peut pas agir sur les usages, mais… » : en Ille-et-Vilaine, des aménagements fonciers veulent favoriser la qualité de l’eau, mais aussi son stockage
En Ille-et-Vilaine, seules 3 % des masses d’eau sont en bon état écologique et une sécheresse estivale comme celle de 2026 n’est pas de nature à arranger les choses. Il y a urgence à retrouver une qualité des eaux, mais aussi à mieux les réguler pour anticiper les périodes d’assèchement et d’inondation. Ça passe notamment par la restauration des milieux aquatiques. On parle là de sujets brûlants, depuis des mois, dans ce département : une meilleure protection des aires de captage, le reméandrage de cours d’eau, la restauration de zones humides, la replantation de kilomètres de haies et la conservation des sols dans des bassins-versants très fragilisés, très exposés aux effets du réchauffement climatique.
Cinq projets précurseurs sur des milliers d’hectares
On le sait peu, mais, parmi d’autres acteurs du territoire, le conseil départemental a décidé, depuis presque dix ans, d’y mettre son grain de sel. Il utilise un outil d’aménagement foncier rural, jadis dédié au remembrement, auquel la loi biodiversité de 2016 a donné une coloration environnementale. Cet outil s’appelle l’Afafe, comme aménagement foncier agricole forestier et environnemental. Le chemin est long, mais, de fil en aiguille, ses services, sollicités par des syndicats de production d’eau, en sont arrivés à trois opérations expérimentales dans les secteurs de Landal, Mireloup et du Couesnon, inédites par leur envergure en Bretagne, précurseures en France. Et deux autres projets sont envisagés autour de Beaufort et du Semnon. Les premiers travaux concrets débuteront en 2027, ils s’échelonneront jusqu’en 2031, et même 2036 pour les derniers. À chaque fois, des centaines de propriétaires fonciers, d’agriculteurs, d’élus locaux sont concernés par cette volonté de reconsidérer des milliers d’hectares d’aménagements parcellaires ruraux au bénéfice de la ressource en eau.
« L’objectif, c’est de ralentir l’écoulement des eaux »
« Le Département y consacre deux millions d’euros par an. S’y ajoute 1,7 million dans le cadre d’accords de territoire. Nous, on ne peut pas agir sur les usages, les pratiques agricoles. Tant qu’on continuera à utiliser des pesticides en amont des captages d’eau potable, on en retrouvera dans les cours d’eau, quels que soient les aménagements. Notre objectif, c’est d’en retrouver le moins possible, que ça s’améliore, c’est une priorité », signifie Élise Carnet, cheffe de la mission eau au conseil départemental bretillien. « On cherche à ralentir l’écoulement des eaux pour qu’elles aient le temps d’être filtrées, pour que les contaminations se dégradent avant d’arriver à une retenue essentielle pour produire et distribuer de l’eau potable », insiste-t-elle. « Il y a vraiment un enjeu sur la qualité de l’eau, mais pas que : il faut essayer de retenir l’eau, de la stocker dans les bassins versants. Ça ne sera que bénéfique en périodes de sécheresse et d’inondation », complète Élise Carnet. Pour chaque projet, le dialogue entre les parties prenantes intervient dans le cadre une commission intercommunale d’aménagement foncier, ancrée localement. « La question des haies à planter et entretenir sur de grandes surfaces agricoles peut crisper, par exemple, mais des agriculteurs voient bien l’intérêt de tels aménagements pour peu que ces services environnementaux soient valorisés », livre la cadre. En attendant les premiers retours d’expérience.