Avec le président sud-coréen, Emmanuel Macron tente de faire émerger sa coalition des indépendants

Par Yann Rousseau
De plus en plus malmenés par les choix géopolitiques de Donald Trump et les ambitions de Xi Jinping, les présidents français et sud-coréen vont tenter d'affirmer, cette semaine, lors de leurs échanges, en France, qu'une coalition de nations indépendantes pourrait progressivement se constituer pour échapper aux pressions hégémoniques des deux grandes puissances de la planète. Attendu, ce dimanche soir, en France, le chef d'Etat sud-coréen, Lee Jae-myung, va retrouver à plusieurs reprises, d'ici à mercredi, son homologue français pour mettre en scène le dynamisme de leur partenariat diplomatique et leur convergence de vues sur les enjeux culturels, militaires ou encore technologiques.
Priorité au cinéma
Ce lundi, à Saint-Paul-de-Vence, les deux dirigeants, dont les pays sont des acteurs majeurs de la production de contenus culturels à l'échelle mondiale, vont d'abord coprésider le premier Sommet Lumière, consacré à l'avenir du cinéma, de l'image animée et des jeux vidéo. En présence de producteurs, réalisateurs et acteurs venus du monde entier, ils doivent débattre de la montée en puissance des nouveaux médias qui pèsent sur la fréquentation dans les salles, de l'impact de l'intelligence artificielle sur la création et de la protection d'un cinéma indépendant, notamment face aux menaces de Donald Trump. A plusieurs reprises, le président américain a expliqué qu'il songeait à imposer un droit de douane de 100 % sur tous les films non produits aux Etats-Unis, affirmant que Hollywood avait été « volé » par d'autres pays. Si les deux présidences ont évité d'évoquer directement les politiques de la Maison-Blanche, lors de leurs présentations de cette visite du président Lee en France, les coups de tête de Donald Trump seront au coeur de leurs entretiens. Les deux pays souhaitant consolider leurs autonomies stratégiques dans de nombreux domaines pour casser leurs dépendances aux Etats-Unis. « Nous voulons illustrer ces convergences avec des coopérations ambitieuses et très concrètes », souffle-t-on à Paris.
Sécuriser le détroit d'Ormuz
Depuis la visite d'Emmanuel Macron à Séoul en avril dernier, les deux exécutifs ont notamment planché sur un renforcement de leurs partenariats en matière de défense, de semi-conducteurs ou de nucléaire civil. Si leurs industriels sont en compétition sur des marchés de construction de réacteurs un peu partout dans le monde, ils préparent de nouveaux contrats sur le cycle complet du combustible. L'opérateur sud-coréen Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP) a notamment besoin de sécuriser auprès d'Orano un approvisionnement stable en uranium sur le long terme. Mardi, lors de leurs entretiens formels à l'Elysée, Emmanuel Macron et Lee Jae-myung vont aussi évoquer la crise au Moyen-Orient qui s'est, de nouveau, envenimée ces derniers jours, en provoquant un nouveau mouvement de hausse du prix du pétrole et du gaz. Sans prendre encore aucun engagement formel, l'exécutif sud-coréen a indiqué qu'il pourrait éventuellement envisager l'envoi de bâtiments et de troupes dans la région pour sécuriser, quand les combats auront cessé, la navigation dans le détroit d'Ormuz, en rejoignant ainsi un effort initié par la France et le Royaume-Uni. « Nous examinons diverses options, mais rien n'a encore été décidé », avait expliqué un responsable de la présidence coréenne.