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Rentrée scolaire : l’État verse-t-il plus d’aides à l’école privée qu’à l’école publique ?

Ouest-France · 05/09/2026 · ← revue

À l’heure où les cartables se remplissent pour la rentrée scolaire 2026, Nadine, une de nos lectrices de Chateaubriant (Loire-Atlantique), nous a interpellés : « L’État verse-t-il plus d’aides à l’école privée qu’à l’école publique ? ». Un sujet complexe, auquel Ouest-France vous répond à l’aide de plusieurs spécialistes.

1. Premier degré : de l’école maternelle à l’école élémentaire

Dans le premier degré, 14 % des élèves sont scolarisés dans le privé sous contrat selon le ministère de l’Éducation nationale. « L’État verse le salaire des enseignants dans les écoles publiques et dans les écoles privées sous contrat », nous explique Philippe Ratinet, président du SNE (Syndicat national des écoles). Rappelons que l’État ne finance pas le privé hors contrat. La dépense annuelle moyenne par élève du premier degré atteint 7 910 € (tous établissements confondus : du public au privé sous contrat), selon une infographie de l’Éducation nationale sur l’année scolaire 2024. « Les bâtiments de l’enseignement public sont gérés par les collectivités, et l’État ne verse rien d’autre que les salaires des enseignants et des AESH », précise-t-il. Dans le public, « les autres frais (immobilier, fonctionnement, personnel municipal) sont réglés par les communes. Dans le privé, ce sont les parents qui paient l’investissement immobilier et les dépenses extra-scolaires ». « En moyenne, un enseignant du privé coûte moins cher à l’État qu’un enseignant du public », car « les enseignants du privé sous contrat, non fonctionnaires, bénéficient de salaires et de droits à la retraite moins avantageux » que leurs homologues du public. Résultat : « l’État donne plus à l’école publique qu’à l’école privée, ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup plus d’enseignants dans le public », conclut-il.

2. Second degré : du collège au lycée

Avec 21 % des élèves du second degré scolarisés dans le privé sous contrat en 2024 (soit 2 millions d’élèves au total, premiers et seconds degrés confondus selon le ministère de l’Éducation nationale), la question du financement public divise. « L’État finance les salaires des enseignants du privé sous contrat, mais ce sont les collectivités (départements pour les collèges et les régions pour les lycées), qui prennent en charge les frais de fonctionnement ». Plus précisément, « le privé sous contrat, c’est un contrat d’association avec l’État : les enseignants sont payés par l’État, mais les familles paient des cotisations », nous explique Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU. Une répartition confirmée par le « Projet annuel de performances » de 2026 : les dépenses de l’État pour l’enseignement privé (premier et second degrés) s’élèveront à près de 9 milliards d’euros en 2026, dont 90 % pour les rémunérations directes de 142 796 enseignants (cotisations sociales incluses). « La mesure des budgets consolidés est très difficile à établir, l’enseignement privé sous contrat regroupe un ensemble complexe d’enseignements diocésains ou congrégationnistes », souligne Hélène Buisson-Fenet, chercheuse au CNRS et sociologue de l’éducation. La dépense moyenne par élève du second degré atteint 10 770 € (tous établissements confondus), selon une infographie de l’Éducation nationale sur l’année scolaire 2024. Sophie Vénétitay dénonce toutefois un système où « l’argent public finance un enseignement qui trie les élèves ». Le privé même sous contrat favorisant à ses yeux un « séparatisme scolaire et social ». « On a des établissements où se concentrent les élèves de milieux favorisés, et dans le public, les classes avec des élèves défavorisés ». « Les écarts budgétaires par élève découlent principalement de la gestion des infrastructures et des différences de calcul des pensions de retraite du corps enseignant », nuance Davy-Emmanuel Durand, vice-président d’un des syndicats de l’enseignement privé, le Snec-CFTC. « Les établissements catholiques ont été construits au XIXe siècle en centre-ville, et la gentrification de ces quartiers explique la concentration actuelle d’élèves favorisés, bien plus qu’une volonté d’élitisme ». « L’enseignement catholique a une obligation d’accueil universel : la sélection scolaire est un phénomène marginal, qui traverse autant le public que le privé », insiste-t-il.

3. L’enseignement supérieur

Avec 24,1 milliards d’euros injectés dans l’apprentissage en 2024 (OFCE), avant une baisse à 22,2 milliards en 2025 puis 20,5 milliards prévus en 2026, l’essor du privé s’est accéléré. « Depuis le début des années 2010, la croissance des effectifs du supérieur est quasi exclusivement portée par le secteur privé », souligne le rapport IGAS-IGESR (juin 2026). « Cette expansion est liée à l’apprentissage : le nombre d’apprentis du supérieur a presque triplé, et plus des trois quarts sont inscrits dans des établissements privés ». « Leur modèle économique est désormais largement adossé aux financements publics, représentant 40 % à 70 % de leur chiffre d’affaires », précise le rapport. En revanche, « les dépenses dont bénéficient les étudiants dans le public sont bien inférieures à celles du privé », insiste Emmanuel De Lescure secrétaire général du SNESUP-FSU, pointant « une répartition très inégale ». Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, la dépense moyenne par étudiant atteint 12 460 € à l’université contre 13 300 € pour l’ensemble du supérieur. « L’écart avec le privé est indubitable », conclut-il. « 83 % des places en apprentissage sur Parcoursup sont occupées par des formations privées », soit « plus d’un milliard d’euros de subventions indirectes », selon le SNESUP-FSU. « Le projet de loi (adopté par le Sénat en juin 2026, et visant à limiter l’accès à Parcoursup, N.D.L.R.) sur la régulation rate sa cible : les pires organismes ne sont pas sur Parcoursup », dénonce Emmanuel De Lescure. « Ils exploitent cette absence comme un argument commercial, avec des frais non remboursables jusqu’à 9 000 € ». « Un grand nombre de formations sont insuffisantes sur le plan pédagogique », et leurs diplômes « n’ont pas la même valeur » qu’un diplôme d’État. L’Union des Grandes Ecoles Privées (UGEI) nuance ce constat, le secteur privé en France offrirait « des formations de qualité, reconnues par l’État en France mais aussi à l’international », « nombre de grandes écoles privées […] sont sous la tutelle du ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. A ce titre, elles délivrent des diplômes au minimum visés et, le plus souvent, disposant d’un Grade de Master et/ou d’un Grade de Licence », souligne son président, Joël Cuny. « En tant qu’acteurs de l’enseignement supérieur, nous pensons que le débat visant à opposer public et privé est totalement stérile et d’un autre âge ». Dans son enquête « Le Cube », la journaliste Claire Marchal décrit, elle, un système « à la dérive » : plus de 72 % d’inscriptions en dix ans, avec des grands groupes lucratifs comme Galileo. L’intersyndicale de l’ESR alerte sur le sous-financement chronique (2,2 % du PIB pour la recherche, budget public à 0,74 %), et dénonce le désengagement de l’État, alors qu’il manque « a minima 8 milliards pour l’enseignement supérieur et 8 milliards pour la recherche ». Une mobilisation est prévue le 15 septembre.