« Il est urgent d’agir » contre les algues vertes : la famille du joggeur décédé interpelle les élus bretons
Il est des témoignages qui en disent bien plus qu’un long débat sur les algues vertes. Dans l’hémicycle du conseil régional, à Rennes, Claire Desmares, cheffe de file des écologistes à la Région, a prêté sa voix à la famille de Jean-René Auffray, décédé le 8 septembre 2016 dans l’estuaire du Gouessant, en faisant son jogging. Son corps a été retrouvé, sans vie, par sa fille et sa femme. Il était père de trois enfants. L’un d’eux était d’ailleurs présent ce vendredi 4 septembre 2026 avec sa mère, dans la salle réservée au public. Ce 8 septembre est peut-être une date banale pour vous, écrivent ses proches. Pour nous, c’est un tsunami dans nos vies, et le début d’un combat qui a duré neuf ans pour lui rendre justice et révéler la vraie cause de sa mort. Six ans après le décès, la famille avait décidé de porter l’affaire en justice. Le 24 juin 2025, la cour administrative d’appel de Nantes reconnaissait l’État responsable de la mort de Jean-René Auffray. Un rapport pour caler les armoires ? Le rapport de la Cour des comptes, présenté ce vendredi aux conseillers régionaux, est l’occasion pour sa famille d’appeler les élus à agir et appliquer les recommandations du gendarme des comptes public. Nous avons la sensation que tout n’est pas encore mis en œuvre pour lutter contre ce fléau. Par ailleurs, les récentes lois d’urgence agricole viennent compromettre les efforts fournis. Il est urgent d’agir. Malgré l’absence, regrettée pas certains, d’Amélie de Montchalin dans l’hémicycle régional, la présidente de la chambre régionale des comptes, Cécile Daussin-Charpentier, a relayé le message de la présidente de la Cour des comptes. Nos rapports ne sont pas là que pour caler les armoires ! Dans ce document, les magistrats dressent un bilan plus que mitigé des actions menées contre la prolifération des algues vertes. Oui, des efforts ont été faits. En vingt-cinq ans, dans les huit baies concernées par le plan de lutte contre les algues vertes, les teneurs en nitrates ont baissé en moyenne de 45 %. Mais dans les vasières, ces zones moins fréquentées car moins accessibles, les algues vertes ont continué de proliférer.
460 exploitations dans le viseur
Sans évolution profonde du modèle agricole actuellement prédominant sur la baie, il est illusoire d’espérer réduire significativement les flux de nitrates dans les cours d’eau et endiguer durablement le phénomène de prolifération des algues vertes », estime la Cour des comptes. L’État, pressé d’agir plus efficacement par la justice, a décidé de renforcer la pression sur le monde agricole. 80 % des exploitants concernés par les baies algues vertes se sont engagées dans des pratiques visant à réduire les émissions de nitrates. Mais 20 % d’entre eux, soit 460 fermes sur 2 195, ont plus ou moins fait la sourde oreille. Elles vont faire l’objet d’un arrêté qui fixera les objectifs à atteindre dans un délai donné. Le sujet de la Bretagne n’est pas de produire le plus possible, mais le mieux possible et nous continuerons d’accompagner les pionniers », assure le président de la Région, Loïg Chesnais-Girard. Rappelant cependant que la Région ne gère aujourd’hui que 6 % des budgets Pac (Politique agricole commune) alloués à la Bretagne. Pour plus d’efficacité, il faut que les responsabilités et les moyens d’agir soient mis en cohérence .