Cette fac privée d’Ille-et-Vilaine ferme brutalement avant la rentrée : retour sur un naufrage inéluctable
Bâtiments fermés, téléphone qui ne répond plus : depuis la décision de cessation d’activité de l’école d’enseignement supérieur The Land à Rennes, communiquée par mail le 1er septembre 2026, la rupture est brutale. Les élèves en alternance qui se retrouvent sans école référente. Pourtant, le naufrage n’a, pour beaucoup de salariés et d’anciens salariés, rien d’une surprise. Le campus d’enseignement supérieur qui était au départ adossé au lycée agricole Saint-Exupéry, comptait à sa création environ 400 étudiants sur le site de Rennes répartis dans trois écoles. Trois ans après, il ne comptait plus qu’une centaine d’alternants à Rennes. Et ce, malgré la création de douze formations au total.
Une alliance avec Abu Dhabi en 2026
Quant aux chiffres du nombre d’étudiants en 2026, personne ne semble les connaître. Il y avait 200 étudiants maximum en 2025-2026 si on y ajoute au site de Rennes ceux de Vitré et La Guerche , estime Rolande Buléon, secrétaire du CSE. Jean-Marc Esnault, le directeur général contesté de The land school of management revendiquait encore en conférence de presse 300 étudiants en janvier 2026. Il annonçait alors la venue d’étudiants étrangers en agriculture et communication, via de nouvelles alliances avec Bruxelles et Abu Dhabi. L’ancien étudiant en communication, recruté par emploi jeune, avait gravi tous les échelons avant de devenir directeur du lycée agricole et de créer The land.
Pas assez d’inscrits
Mais le 31 août au vu de la faiblesse du nombre d’inscrits, le conseil d’administration de The Land a décidé la cessation d’activité , indique son président, l’ancien maire de La Guerche-de-Bretagne, Pierre Després. Comment en est-on arrivé là ? Alors que nous étions trois salariés chargés de recruter les étudiants alternants et d’assurer leur suivi dans les entreprises, Monsieur Esnault a préféré confier le recrutement des étudiants à un prestataire. Il a mis en place une plateforme uniquement digitale, se souvient Sophie (*) une ancienne salariée. Les étudiants s’inscrivaient par internet, l’aspect humain de notre travail disparaissait. Le nombre d’étudiants chute. Aline (*) confirme que certaines nouvelles écoles en communication, journalisme et tourisme comptaient entre 4 et 6 étudiants. Elles se sont arrêtées au bout de quelques mois. Après avoir fait part de son désaccord, Sophie préfèrera quitter The Land. Sur 20 postes, il y a eu environ 70 départs en 3 ans, six directeurs de l’enseignement se sont succédé. Sur le plan financier, la situation n’est pas plus brillante. Lors du CSE d’août 2025, un déficit d’1,2 million est annoncé. La baisse du nombre d’étudiants mais aussi la construction de trois nouveaux bâtiments, dont une résidence étudiante ont contribué à le creuser. Les comptes des années suivantes n’ont pas été communiqués au CSE. La fédération des lycées privés agricoles (CNEAP) a annoncé la scission entre le lycée agricole et le pôle d’enseignement supérieur, en novembre 2025.
Télétravail pour éviter les mécontents
J’ai effectué une année de Master 1 à l’IHEDREA de The Land à Rennes et l’ensemble de la classe vous conseille de fuir cette formation, i ndique Maya, une ancienne élève qui a rejoint comme la majorité de sa promotion l’antenne de Paris pour effectuer sa deuxième année dès 2025. À l’approche des examens plus aucune organisation possible malgré les demandes de nos responsables pédagogiques. Mais quid des étudiants qui s’étaient inscrits en 2026 ? En juin les voyants étaient au vert, mais en septembre, les efforts pour attirer de nouveaux élèves n’ont pas porté leurs fruits, indique Pierre Després. Il ne fallait pas laisser croire aux étudiants qu’on pouvait les former une année de plus. Il assure que les quelque huit salariés qui n’ont pas encore quitté l’entreprise et dont le licenciement est probable télétravaillent chez eux pour éviter de faire face aux mécontents. Ils accompagneront les étudiants vers une nouvelle école . Pour les anciens salariés qui avaient alerté la médecine du travail et l’inspection du travail de la situation à plusieurs reprises depuis 3 ans, le sentiment est celui d’un immense gâchis.