Revue de presse

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Nouvelle-Calédonie : l’Etat accorde une aide financière et relance le débat institutionnel

Le Monde · 03/09/2026 · ← revue

Mission accomplie : la délégation d’élus calédoniens dépêchée à Paris depuis le 31 août pour alerter sur les risques de banqueroute de la collectivité a obtenu de nouveaux engagements financiers de l’Etat. Permettant, à court terme, d’écarter le pire des scénarios. Jeudi 3 septembre, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé dans un communiqué le montant des enveloppes budgétaires envisagées : « Onze millions d’euros pour couvrir les besoins d’ici la fin de l’année 2026 et 50 millions d’euros pour démarrer l’année 2027 » qui seront votés dans le cadre du projet de loi de finances de gestion pour 2026. C’est ce que réclamait la délégation transpartisane conduite par le nouveau président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, qui, depuis lundi, a enchaîné les rendez-vous au Sénat, à l’Assemblée nationale et dans les ministères concernés pour faire valoir ses arguments. Ces nouveaux crédits viendront s’ajouter aux 430 millions d’euros prévus dans le cadre du pacte de refondation de la Nouvelle-Calédonie. Adopté après les émeutes de mai 2024 ayant entraîné la mort de quatorze personnes et plusieurs milliards d’euros de dégâts matériels, ce plan destiné à accompagner le redressement de l’économie calédonienne est doté de 2 milliards d’euros entre 2026 et 2030. Dans un horizon budgétaire très contraint, l’enjeu du déplacement était aussi de sécuriser des engagements pour 2027 dans la loi de finances initiale qui sera présentée le 30 septembre. Sur ce point, les Calédoniens ont également été entendus. Matignon promet « entre 400 et 460 millions d’euros (…) surtout sous forme de subventions ». Et non de prêts contractés auprès de l’Agence française de développement (AFD) avec la garantie de l’Etat, dont la multiplication a conduit à une envolée de la dette. « Entre 2020 et 2026, nous avons emprunté 1,5 milliard d’euros pour faire face aux conséquences de la crise sanitaire et des émeutes de mai 2024 alors qu’en moyenne nous empruntions 40 millions d’euros par an. Cette situation est intenable pour une petite collectivité », avait averti M. Tukumuli, à la tête du gouvernement collégial de l’archipel depuis le 31 juillet. Aucune décision n’a toutefois été annoncée sur la conversion partielle de cette dette en dons afin d’alléger la charge des remboursements. Pour arracher ce nouveau soutien de Paris, les élus n’ont eu de cesse de rappeler les efforts réalisés depuis deux ans pour assainir les finances locales : réduction des dotations aux communes de 17 %, introduction d’un jour de carence pour les fonctionnaires, baisse de 8 % des pensions de retraite des fonctionnaires en 2026, augmentation de l’âge légal de départ à 62 ans, gel des dépenses hospitalières pendant trois ans… « Nous sommes allés très loin dans les réformes impopulaires. Bien plus que n’est capable de le faire la métropole » a martelé Virginie Ruffenach, la présidente du Congrès de Nouvelle-Calédonie.

Discussions au point mort

Dans son discours de politique générale prononcé le 24 août, le chef de l’exécutif calédonien s’est engagé à remettre à plat les régimes sociaux – assurance santé et régime de retraite – largement déficitaires. Ces réformes sont attendues par Paris en contrepartie des crédits accordés. Jeudi, la présidente du Congrès s’est félicité que le gouvernement ait « grosso modo [répondu] à 90 % de [leurs] demandes ». Mais Matignon, au risque de s’aventurer sur un terrain hautement miné à quelques mois de l’élection présidentielle, semble ne pas vouloir s’en tenir aux questions économiques. « Une règle guide l’action du premier ministre : ne pas s’en tenir au statu quo (…) Il faut identifier les ajustements institutionnels ou pratiques utiles au bon fonctionnement du territoire et à son développement économique. Certains ne peuvent plus attendre, affirmait le communiqué publié jeudi 3 septembre. Les évolutions récentes le montrent : des avancées restent possibles dans le cadre de l’accord de Nouméa. Toutes les difficultés du territoire ne peuvent pas attendre un nouvel accord global, sans date fixée. L’ouverture récente du corps électoral provincial aux natifs de Nouvelle-Calédonie en est la preuve. » Il reviendra au Haut-commissaire, missionné par Sébastien Lecornu, de « faire des propositions, avec les acteurs du territoire ». Depuis le rejet, en avril, par l’Assemblée nationale, du projet de loi constitutionnelle sur l’avenir du statut de l’archipel issu de l’accord de Bougival, les discussions sont au point mort. A Paris, la délégation avait d’ailleurs d’emblée pris soin d’avertir que son mandat se limitait aux finances de la collectivité. « Nous ne sommes pas là pour parler de sujets institutionnels, je l’ai rappelé au premier ministre dans mon propos introductif, a souligné le député (Renaissance) Nicolas Metzdorf. Si cette délégation est transpartisane, c’est qu’elle n’est pas institutionnelle. » Autour de Milakulo Tukamuli (L’Eveil océanien, centre) toutes les sensibilités – indépendantistes comme non-indépendantistes – sont représentées. Seul parmi les groupes politiques, le FLNKS (Front de libération nationale, kanak et socialiste) est absent. Le député communiste Emmanuel Tjibaou est toutefois présent pour faire entendre sa voix. L’initiative de Sébastien Lecornu n’a pas tardé à faire réagir. « Monsieur le premier ministre, n’avez-vous rien entendu de ce que disent les forces politiques de Kanaky-Nouvelle-Calédonie ? Unanimement, elles attendent l’échéance présidentielle pour enfin sortir l’archipel de la crise dans laquelle Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs l’ont plongé par leurs coups de force », a déploré sur le réseau social X, le député (La France insoumise) de Seine-Saint-Denis, Bastien Lachaud. Le président de la République recevra les élus calédoniens vendredi à l’Elysée. Quel message délivrera Emmanuel Macron au cours de cette rencontre qui n’était pas prévue au programme ? « Il est normal de ne pas se satisfaire du statu quo et l’occasion est bonne pour le gouvernement de jouer le donnant-donnant. Pour que la confiance revienne dans l’avenir, il est important que les différentes parties envoient rapidement des signaux montrant que la reprise du dialogue est possible sur les questions institutionnelles » admet le député (Les Républicains) de la Manche, Philippe Gosselin. Avant d’ajouter en bon connaisseur du dossier : « Il faut le faire avec précaution et éviter les propos qui braquent, au risque d’aggraver la situation d’incertitudes. »